Intervention du mercredi 23 octobre 2002 sur la lutte contre le terrorisme


Mesdames et Messieurs les représentants des États membres, je ne voudrais pas reprendre un mot récemment mis à la mode par son éminence, M. Prodi, et qualifier de "stupides" les déclarations du Conseil et de la Commission, que nous venons d'entendre. Il faut toutefois avouer que la problématique dans laquelle nous sommes en train de nous enfermer, sous la formule "Lutte contre le terrorisme", a quelque chose de passablement sot. Cette formule, et le mot même de terrorisme, sont en effet fort mal choisis pour dire une évidence, à savoir que la politique que mène ce qu'il est convenu d'appeler "la communauté internationale", c'est-à-dire en clair les États-Unis et la Cameria impériale que forment ses affidés, est contestée de plus en plus violemment à travers le monde, en sorte que nous sommes conduits, comme le font tous les Empires d'ailleurs, à nommer "terrorisme" ce qui pourrait aussi bien s'appeler de la résistance. Mon collègue Krivine l'a fort bien dit tout à l'heure!

Certes, je suis loin d'approuver les actes qui visent des innocents (encore que, dans une démocratie, que je sache, personne ne soit tout à fait innocent. Mais passons...). Il va de soi que je condamne sans appel les attentats du 11 septembre, comme le récent attentat de Bali, comme je condamne l'action menée récemment contre un pétrolier français, ou moins récemment, en 1995, les actes perpétrés dans le métro parisien - et ceci me conduit, une fois de plus, à déplorer que leur auteur puisse trouver refuge dans un des pays membres de l'Union européenne, celui-ci agissant en somme comme s'il s'en faisait le complice. Comme quoi, rien n'est simple...

Il n'en reste pas moins, Mesdames et Messieurs, et ceci est fondamental, que nous ne sommes pas un tribunal. Nous n'avons pas à dire le bien et le mal. Nous devons regarder le monde d'aujourd'hui en face, tel qu'il est. Et nous n'abuserons pas longtemps grand monde en donnant à croire que ce qui passe pour l'Occident n'a qu'un seul ennemi, Ben Laden, Al-Qaïda et ses putatives ramifications. En réalité, ce que nous appelons "les terroristes" sont légions de par le monde; ils se multiplient et se radicalisent à mesure même que l'Empire étend sa domination et la rend plus violente contre les peuples dont il ignore les valeurs, les héritages et les secrets, et qu'il diabolise, alors même qu'ils ne sont évidemment pas à sa taille, militairement s'entend.

Il n'y aura jamais de paix entre des peuples riches, quand ils sont trop riches et trop arrogants, et des peuples pauvres, quand ils sont trop pauvres et trop humiliés. C'est une loi de l'Histoire, Mesdames et Messieurs, que tout Empire qui ne peut croître et se maintenir que dans le raidissement progressif de ses instruments de puissance, c'est à dire de céder à une sorte d'ubris de la puissance et recourir de plus en plus souvent à la violence, suscite immanquablement des rébellions; c'est une autre loi de l'Histoire que la rébellion des peuples opprimés soit violente, aveugle et sauvage et rien ne serait plus grave pour nous, nations d'Europe qui connaissons l'Histoire, que d'entrer dans une problématique qui, sous couvert de lutte contre le terrorisme, nous conduirait à une méfiance générale pour ce tiers-monde qui représente, je le rappelle, les trois-quarts des peuples du monde. A ces délires, qui s'entretiennent l'un l'autre, nous opposons, une fois de plus la logique de la liberté, c'est à dire de l'équilibre, des Nations !

Paul Marie Coûteaux