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SOMMAIRE

EDITORIAL 

m Dernières nouvelles des Cabris

- La commission favorise l'immigration pour créer un grand mélange 
Entretien avec M. B

- De la "Cosntitution" pour l'Europe
Alain Dejammet

- Baroso avoue "lUE est un empire"

- Référundum sur l'Europe
Maître Bernard Prudhon

- Quand l'Indépendance révélait la directive Bolkenstein

- Quand le droit européen s'impose au droit français
Patrick Pommier


p.  2, 3, 4, 5


m Une certaine idée

- Kosovo la raison d'un échec
Kosta Christitch

- Quelle riposte européenne ?
Une proposition de Jacques Myard

- Les fonds touchent le fond
Pierre Lévy

- Toxic UE
Hervé Berbille

m Marchands sans temple


-La stratégie de Lisbonne : une effrayante machinerie
Alain Bournazel

-L'UE encourage la destruction de l'industrie
Maurice Allais

p. 6, 7, 8, 9, 10, 11,


m Langues et  civilisations européennes

- "Historiquement incorrect"
Entretien avec Jean Sevilla

- L'édification de l'Europe par l'intoxication des lycéens
Yvonne Bollmann

-La francophonie arme de l'anti-mondialisation
Albert Salon

p. 12, 13

m Chroniques

- Jean-Paul Bled
- Philippe de Saint Robert
- Daniel Hamiche
- Péroncel-Hugoz
- Michel Debray

p. 3,  6,  9, 13, 14, 15

N°51 - Ne vous rendez jamais

Voici donc le 51ème et dernier numéro de L’Indépendance, du moins sous sa forme mensuelle. À la suite de controverses sur lesquelles je m’expliquerai en d’autres lieux et circonstances, je quitterai prochainement le Parlement européen, en sorte qu’il ne sera plus possible de poursuivre l’édition et la diffusion d’un journal qui était avant tout une lettre parlementaire.

Cet ultime numéro est constitué d’une sélection d’articles des éditions qui ont émaillé nos six années d’existence. À les feuilleter pour choisir quelques uns des plus représentatifs, nous ne rougissons certes pas du travail accompli : qu’il s’agisse de l’analyse de la stratégie dite de Lisbonne qui, élaborée en décembre 2000, devait en dix ans assurer la prospérité de notre continent (!), ou de nos prévisions quant aux effets de l’euro ; qu’il s’agisse des orientations des très atlantistes Barroso et Solana, comme de la divulgation de la « circulaire Bolkestein » qui avait été adoptée en silence et sur laquelle nous avons été les premiers à donner une information précise, nous ne nous sommes guère trompés. De l’affaire de la Constitution européenne, grand emballement fédéraliste de la dernière chance lancé en 2002 par la Convention Giscard et conclu en principe depuis 2005 par les Non français, néerlandais et irlandais, puis du refus de ratifier du président tchèque, M. Klaus (dont nous fûmes aussi les premiers à souligner le rôle…), nous avons aussi traité tous les aspects essentiels, en sorte que nous avons joué notre rôle, et que nous avons tout lieu de nous réjouir du travail accompli. L’affaire faite, il est bien probable que nous n’aurions fait que nous répéter, tant le fédéralisme européen se répète lui-même, et semble aujourd’hui patiner…

La souveraineté, seul point de communion


En somme, nous avons fait que ce que nous pouvions faire, cela aussi complètement que possible, en regard de nos faibles moyens - mais avec l’aide, il est vrai de nombreux amis, abonnés, auteurs, contributaires de toutes sortes et pour commencer, mes collègues Patrick Louis et Philippe de Villiers, dont, depuis 2004, les concours furent précieux. Que chacun en soit ici remercié.
Qu’un hommage particulier soit aussi rendu à ceux, tels Jean-Paul Bled, Pierre Lévy ou Philippe de Saint Robert, ainsi que notre vaillant rédacteur en chef Patrick Pommier, qui, plus clairvoyants que je ne l’étais alors, ont prévu dès le Non magistral de la France, que la création d’un État supranational, entreprise ultime des traités européens depuis celui de Rome, était irrémédiablement vouée à l’échec. Certes, le spectre de la Commission de Bruxelles bouge encore - ainsi par exemple du projet fou d’ouvrir les cabinets de professions libérales à des capitaux non professionnels (banques, fonds de pension et autres…), projet que nous avons une fois encore été bien seuls à évoquer à plusieurs reprises ; certes, les europiomanes n’ont pas renoncé à leurs rêves, en attendant que leurs coquilles soient définitivement vides et que les branches mortes tombent d’elles-mêmes ; certes, les oligarques de tous poils, les Bruxellois comme ceux qui grouillent dans les 27 capitales, continueront autant qu’ils le pourront à utiliser l’universel prétexte, « faire l’Europe » pour imposer leur vision mercantile et finalement totalitaire du monde. Mais depuis les Non, on voit bien que la machi-ne est grippée et que, ayant perdu toute légitimité elle a perdu l’essentiel de l’autorité à laquelle elle prétendait. Pas de souveraineté, pas de légitimité, pas d’autorité, nous connaissons cette mécanique fondamentale de la politique. Elle s’applique au grand jour dans l’actuelle décrépitude des institutions européennes, de moins en moins capables d’accéder à quelque grand dessein que ce soit - incapables même, crise aidant, d’assurer la pérennité de l’euro, qui, subissant les fameux « chocs asymétriques » que nous avions aussi prévus, est désormais en péril alors qu’il passait il y a peu encore pour une réussite « irréversible ».
Mais ces victoires sont rien moins que parfaites : car, comme nous l’avons montré dans le dernier numéro de nos Cahiers,
ce que les différents organes de l’U.E. ont perdu, ou n’ont pu atteindre, en fait de capacité politique, les États ne l’ont pas pour autant retrouvée, et sortent en lambeaux de l’aventure dite « européenne ». Dans les esprits ou dans les faits, les ravages de l’idéologie supranationale venue du plus profond du XXème siècle perdurent, tout effort vers la souveraineté semblant partout abandonné, tout ordre public, État, nations, Civilisations, se diluant dans l’univers atlantique à commandement états-unien. Dix fois, nous avons répété ici que l’entreprise européenne n’était pas un jeu à somme nulle : ce que les États perdent de pouvoirs, l’Union européenne ne pouvait le recueillir : d’incapacité politique en neutralisation des innombrables niveaux de « pouvoirs » les uns par les autres, c’est finalement les puissances de fait qui triomphent. Autrement dit, ce n’est pas exactement ce que l’on appelle paresseusement le « libéralisme sauvage » qui l’emportera, mais l’anarchie (faut-il écrire l’a-archie ?) et, avec elle les oligarchies trans ou supra-nationales, éternelles bénéficiaires de la fameuse liberté du renard dans le poulailler (sur l’anarchie rampante qui marque nos années, voir mon ouvrage « Souveraineté, j’écris ton nom », à paraître en mai aux éditions F-X de Guibert).

Les Français en colère


Si l’on veut bien suivre ce raisonnement, on arrivera sans peine à la conclusion que le vrai sujet, dorénavant, n’est plus pour nous l’Europe aux nouveaux parapets ; le vrai sujet est et demeure la France, encore et toujours la France, seul instrument de paix civile, de participation au monde, de civilisation authentique, et finalement de fidélité à nous-mêmes. Parviendrons-nous à rétablir, dans les coeurs et les esprits d’abord, dans les faits ensuite, cette Souveraineté qui est avant tout une valeur, ce souci de soi-même qui, contrairement à ce qu’a tenté de nous faire accroire la folie de l’époque, est la première des charités, et leur condition même ? Parviendrons-nous à faire comprendre aux Français qu’ils sont, ou doivent coûte que coûte redevenir, les seuls responsables de la France - et que c’est dans cette responsabilité belle et dangereuse que réside le premier honneur d’un homme libre, honneur qui est aussi, parmi les premières des joies humaines… Tel est bien l’enjeu de ce combat que je ne crains pas de nommer souverainiste, ce mot qui fait tant horreur aux politiciens de circonstance parce qu’ils se savent sans doute inférieurs à une aussi grande querelle.

Ce combat, nous l’avons toujours dit, ressort davantage à l’entreprise historique qu’à l’action simplement politique : ?uvre de longue haleine ! L’essentiel est, pour la mener à bien dans les temps à venir, de ne jamais perdre, malgré tant de traverses politiciennes qui risquent de la brouiller durablement, cette boussole qui seule fixe un cap et ordonne nos volontés, la Souveraineté, sous ses deux espèces nationale et populaire, non seulement complémentaires mais nécessaires l’une à l’autre. Regardons sans crainte les très prochains rendez-vous que la France a avec elle-même, bien avant sans doute la prochaine échéance présidentielle, certes capitale ; encourageons sa capacité à répondre rationnellement aux défis d’un monde plus dangereux qu’il n’a jamais été, ce dont les premiers effets de ce qu’il est convenu d’appeler « la crise » ne sont que les prodromes, ayons confiance dans la vitalité de son peuple, d’une France libre de dire non, et de tous les Français en colère. Quant aux bâtisseurs d’Europe en tous genres, je les laisse à leurs oeuvres…

Le 26 avril 2009,

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

EDITORIAL 

m Dernières nouvelles des Cabris

- Barrack Obama :  et nous ?
Jean-Paul Bled

- Le non des Français a été déterminant
Trois questions à Hanne Dahl


p.  3, 5


m Une certaine idée

- Un autre regard sur la guerre franco-allemande
Trois questions à Patrick Buisson

m Marchands sans temple

- Quelle riposte européenne ?
Une proposition de Jacques Myard

- "Il faut forcer la BCE à obéïr aux états"
Philippe de Villiers

- L'Europe se perd en conjectures

- Sagesse Asiatique
Pierre Lévy

p. 10, 11, 12


m Langues et  civilisations européennes

- "Vous ne manquerez Jamais d'amis"
Daniel Hannan

p. 12


m Chroniques

- Pierre-René Mélon
- Philippe de Saint Robert
- Daniel Hamiche
- Patrick Louis
- Michel Debray

p. 6, 8, 9, 14 , 15

N°50 - Quand le roi était fou

En 1992, après la ratification du traité de Maestricht, un ministre allemand, Théo Waigel, estimait que s’ouvrait une «fénêtre de tir de 15 ou 20 ans» permettant de rendre irréversible l’édification d’un État fédéral européen. Nous entrons dans la dix-septième année de cette homérique entreprise et tout porte à croire que la «fenêtre» en question se refermera bientôt sur un échec retentissant. Déjà, les chimères de la supranationalité ont cessé d’enchanter les peuples, et l’on voit les grands projets de «Constitution européenne» formés en l’an 2000 s’enliser partout dans les sables, de façon d’autant plus irréversible que cet «approfondissement», comme ils disaient, est sans cesse compliqué par un «élargissement» qui s’emballe comme une fuite en avant désespérée - le Commissaire à l’élargissement, Olli Rehn, ne vient-il pas, le 5 novembre, de dresser une liste de 8 pays, Turquie et «Kossovo» compris, qui devraient à son avis s’ajouter aux actuels 27, chiffre qui, déjà, condamnait l’Union au salmigondis politique ? Et voici que surgit ce qu’il est convenu d’appeler une «crise» dont on voit partout qu’elle redonne aux États leur légitimité tant niée, la seule question étant désormais de savoir si, au bout de cette incroyable tentative de destruction de la politique en elle-même, de la politique en ce qu’elle est une volonté raisonnée des peuples, les États sont encore capable de relever le gant. N’est-ce qu’une crise ? Existe-t-il encore des États ? Voyons cela de près.

 Crise ?

 Ladite «crise» touche si profondément tous les aspects de la vie sociale que sa durée ne se comptera pas en mois, comme on fait semblant de le croire, mais en années et sans doute plus encore. La pensée progressiste a tant colonisé les esprits depuis des générations, les plus jeunes surtout, qu’elle a fini par faire croire que le progrès n’était plus, comme le croyaient leurs parents, le fruit du travail, de la cohésion sociale, et par dessus tout d’une politique ambitieuse, rationnelle et s’il le fallait autoritaire, mais qu’il relevait d’une sorte de promesse historique et que, quoi que nous fassions, cette promesse serait tenue. Tous les pauvres s’enrichiront tôt ou tard, aussi bien à l’échelle de la planète (mythe du «développement») qu’à celle des nations (mythe du progrès social automatique). Il suffit de «débloquer les crédits», ou simplement de les anticiper à l’infini, ce que le déréglement du système monétaire international décidé en 1971 par les États-Unis favorisa sous mille formes folles. Telle fut bien, par exemple, la logique des subprimes, quintessence de la pensée progressiste s’imaginant que les plus misérables seraient immanquablement un jour propriétaires. Point commun de toutes les idéologies du XXème siècle, celles de la gauche comme celles de la droite dite «libérale» (il faudrait dire mercantiliste), l’éternelle promesse de l’avenir radieux égara tant les esprits que quiconque y échappait en faisant valoir les nécessités de l’effort, de la discipline collective, c’est à dire de la politique, quiconque prédisait qu’à une période d’évolution rapide pouvait un jour succéder une période de décadence, était réputé réactionnaire.

 

Fondée sur une confiance béate dans le progrès technique, l’abondance des ressources, naturelles ou financières, et la main invisble du marché (corrélativement, sur le l’effacement de tous les cadres politiques et notamment des États), l’idéologie européiste, littéralement anti-politique, est la première victime d’une crise qui est d’abord celle du crédit intellectuel, en somme du credo moderniste. Chacun a d’ailleurs pu voir combien la fière Commission se révélait incapable de répondre aux urgences de l’heure, l’inénarrable Barroso se trouvant contraint de suivre le Conseil et son sémillant président «en exercice». Significative est la querelle qui oppose le Premier ministre belge à la Commission qu’il accuse d’avoir été «aux abonnés absents» quand il tenta de l’appeler à l’aide pour arbitrer le dépeçage de la banque Fortis : c’est tout simplement que la Commission n’a jamais eu, n’aura jamais la légitimité ni, conséquemment, la souveraineté suffisante pour jouer le rôle d’arbitre universel auquel elle a tant prétendu. Le premier coup de grisou venu, il était prévisible qu’elle sombre dans l’inexistence - nous savions bien, nous autres, qu’elle ne pouvait s’avancer que par temps calme, à la faveur de la distraction ou de la mauvaise conscience des États. Ceux-ci constituent la seule bouée de sauvetage vers lesquels tout le monde se tourne quand viennent les tempêtes. Encore faut-il qu’il y ait des États, c’est-à-dire une légitimité, une souveraineté et une autorité politique, ce qui, après les ravages de l’idéologie de leur dépassement, n’est plus très sûr. C’est là ce qui fera toute la jeunesse du souverainisme dans les années à venir.

 

États ou oligarchies ?

 

Rien de ce que nous disons ne constitue une bonne nouvelle. La seule bonne nouvelle serait que, dans ces circonstances, les âmes fortes de la République sachent se réunir sur l’essentiel de la France - pour commencer la seule bonne nouvelle serait l’unité des souverainistes, non seulement pour la période électorale à venir (nous y travaillons, autant que nous le pouvons), mais aussi pour les années à venir, au cours desquelles il n’est pas douteux que l’Histoire ne cessera plus de se tourner vers nous. Car on ne peut appeler Gouvernement un torrent de nouveaux crédits, et une cavalcade de sommets montés en épingle pour masquer l’impuissance publique. Il faut de la vraie politique : une politique
industrielle (on ne fera rien sans industrie), une préférence communautaire en tous domaines (y compris quant à la
«circulation des personnes»), et par-dessus tout la redécouverte de soi, après tant d’années «d’ouverture» qui ne fut si souvent que le paravant de l’ignorance ou de la haine de nous-mêmes. Serons-nous prêts à reprendre la France en mains ? Point n’est besoin de réinventer sans cesse notre politique ; la politique de la France est millénaire, constante et permanente : il sufit de l’appliquer, et, pour chacun de nous, en son for intérieur, de se tenir à sa hauteur.

 

 

Paris, le 13 novembre 2008

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

EDITORIAL 

m Dernières nouvelles des Cabris

- L'Afghanistan : la faute
Jean-Paul Bled

- Guerre en Géorgie : qui a piégé qui ?
Jacques Sapir

- Libéré les wallons


p. 3, 4, 6


m En toute indépendance

- "Après le NON irlandais"
Vaclav Klaus

- U.E. : l'angoisse a remplacé l'espérance
Trois questions à Christian Vanneste


m Langues et  civilisatiosn européennes

- L'autre Europe de Soljenitsyne
Gilles Brochard

p. 8, 12


m Chroniques

- Pierre-René Mélon
- Philippe de Saint Robert
- Daniel Hamiche
- Guillaume Peltier
- Michel Debray

p. 6, 8 ,9, 13, 14,

N°49 - Création d'un réseau européen des NON

Les Européens sont en désaccord sur à peu près tous les sujets de politique internationale, admet Hubert Védrine ce 9 septembre sur France Inter. Ce n'est pourtant pas un grand effort que l'on demande aux capitales européennes : se démarquer de la stratégie de la tension permanente avec la Russie, si évidemment entretenue contre les intérêts européens, d'une part pour perpéuer la division de l'Europe en deux et en lier la majeure partie à la tutelle atlantique, d'autre part pour manipuler, avec la complicité active de la Turquie, le chapelet des républiques d'Asie centrale dont la valeur stratégique ne cesse de croître. Si l'Europe voulait s'unir, elle pourrait aisément le faire autour d’une ligne de bon sens visant à développer les partenariats politiques, financiers, économiques et culturels avec un “grand voisin”, qui donneraient sa vraie dimension à l'ensemble européen - assurant, par sa complémentarité, à la fois son indépendance et son unité. L'effondrement du bloc soviétique était une promesse : mais celle-ci est gâchée chaque année davantage. Symbolique fut à cet égard l’absence française aux obsèques de Soljenitsyne : nos rares ministres qui n'étaient pas en vacances ayant préféré assister à l'ouverture des petits jeux pékinois, la France ne fut même pas représentée par notre ambassadeur, « absent de Moscou » - significatif aussi que le seul homme politique français qui ait fait le déplacement soit Philippe de Villiers, accompagné par le député MPF Dominique Souchet. Combien serait simple de reconnaître l'évidence : humiliée par une obsessionnelle stratégie d'encerclement, victime au Kosovo d'une incroyable provocation, la Russie ne pouvait abandonner de surcroît ses vieux alliés ossètes à l’heure où ils étaient bombardés tout à trac par le maître de Tiflis (sottement dénommée aujourd'hui  « Tbilissi »), le président américano-géorgien Saakachvili. S'affirmer solidaire des Ossètes, qui  ont réclamé par référendum en 1992 leur rattachement à la Russie, c’est ce que l’on aurait fait aussitôt pour n'importe quel peuple persécuté : voila à qui, cette fois, eut été une diplomatie européenne indépendante. Au lieu de quoi on s'aligna, et en désordre, puisque, aux voyages de MM. Kouchner et Sarkozy en principe « président de l'Europe », se sont ajoutés ceux du suédois Carl Bildt au nom du Conseil de l'Europe, de Madame Merckel et de son ministre Steinmeier, puis une “initiative” polono-ukrainienne, appuyée par Londres, qui n'était que la copie des diatribes guerrières de Washington, dont seul s'est démarqué le cavalier seul italien, jouant sa partition dans son coin. A quoi préside donc la présidence ? Il faut dire que la cacophonie est telle que les déclarations toujours atlantistes du Haut Représentant pour la Politique Etrangère, M. Solana, ne coincidaient guère avec celles de la Commissaire chargée des Relations Extérieures, Mme Ferrero-Waldner. Quand après cela on entendit Monsieur Kouchner annoncer devant le Parlement européen que l'UE suspendait toutes les réunions prévues au titre du «  partenariat stratégique avec la Russie » que l’UE avait elle-même lancée en juillet, on sombra dans la pantalonnade. En fait, le caravansérail dit « européen » n'a plus rien de sérieux.

 

Transformer les européennes en référendum

 

Plus sérieux apparaît en revanche le camp des NON au traité de Lisbonne qui s'organise à vive allure à l’échelle européenne. En juin dernier, le coup de boutoir irlandais, s'ajoutant aux précédents français et hollandais, attirait l'attention sur une flopée de sondages annonçant que le NON était également majoritaire dans plusieurs autres pays de l'UE. Depuis, le vent de Dublin galvanise toutes les énergies : lors de la session de rentrée tenue ˆ Bruxelles (et non à Strasbourg pour cause d’absence de plafond ! ), une conférence de presse de l’Irlandais Declan Ganley, notre prix de l’Indépendance juillet, réunit une flopée de journalistes et caméras comme on n’en voit rarement en ce lieu : le sémillant Ganley annonça la création d’un réseau européen de tous les NON, l’objectif étant de présenter des candidats dans un très grand nombre de pays névralgiques lors des européennes de juin prochain. Si  es médias d’Europe (mais pour l'instant peu de français, comme d'habitude...) s'attachent aux basques de ce nouveau venu, c'est qu'il a donné des preuves de son efficacité : en avril dernier, nous observions que la campagne irlandaise était morne, les sondages annonçant certes 25% de OUI seulement, mais pas plus de 17% de NON : c'est alors qu’il entra en scène, ne ménageant ni son temps, ni ses moyens personnels, avec un rayonnement personnel qui saute aux yeux, couronné du succès que l'on vit. Son intention est d’élargir la campagne aux dimensions de toute l’Europe et de transformer les prochaines européennes en un vaste référendum sur Lisbonne : il ne s'agit rien moins que d'envoyer à Bruxelles et Strasbourg une majorité de députés “euro-réalistes” propre à gripper la grande broyeuse… Pari délicat qui, bien qu’il ne suffise sans doute pas à abattre la citadelle, changerait tout de même la donne assez substantiellement…

Si l'on songe que l'opposition à Lisbonne est majoritaire dans la plupart des pays, le pari n'est pas hors d'atteinte ; d’autant que, si le parti du NON est déjà organisé dans plusieurs d'entre eux et représenté au sein de notre groupe Indépendance& Démocratie - groupe sur lequel l’entreprise prend d’ores et déjà appui -, de nombreuses autres nations n'ont pas encore de parti du NON : que l'on songe à l'Allemagne (où les opinions négatives sur l'euro restent majoritaires d'après les sondages), à l'Italie, l'Espagne, le Portugal, l'Autriche ou la Hongrie (deux pays o? il commence pourtant à s'organiser) et l'on mesurera le vivier d'opposants encore inexploité et, partant, la probabilité d'une surprise en juin prochain. Notre combat change ainsi d'échelle. La contribution de la France doit être exemplaire. Il serait impardonnable de ne pas multiplier le nombre de nos sièges à Strasbourg et Bruxelles, conformément au rôle pionnier qu'a joué la France, première à s'opposer à la Constitution supranationale, d'autant que nous avons désormais les moyens, les relais, et, depuis le 29 mai, une forte légitimité populaire. A nous de donner à ce combat l'unité de volonté et d'énergie que requiert son immense enjeu. Alors que la plupart des souverainistes se sont assoupis dans des chapelles, lesquelles n'ont manifestement pas la taille minimale requise pour relever pareil gant, il est réconfortant que la réunion des Non européens puisse se faire à Paris, dès le 21 septembre, lors de notre Université de rentrée qui accueillera, autour de Declan Ganley, une dizaine de députés européens du groupe Indépendance&Démocratie. A cette grande rencontre sont conviés tous les militants et tous les porte-parole du NON, de quelque horizon qu'ils viennent. Depuis toujours, je suis convaincu que l'unité ne se fera pas par la réunion de cénacles mais par des réseaux de cette sorte, par des manifestations de rue, par des journaux s'adressant au grand public, par des listes électorales ouvertes à tous les courants, comme je l'ai fait moi-même en Ile-de-France en 2002. Que l'on vienne en masse les 20 et 21 septembre prochains ! Pour la première fois depuis quinze ans, nous menons le jeu : la victoire est à portée de nos mains !

 

Paris, 15 septembre 2008

 

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

EDITORIAL 

m Dernières nouvelles des Cabris

- Courant d'Eire sur l'Europe

- L'U.E.  et Israël : le piège
Jean-Paul Bled


p. 2, 3,


m Une certaine idée

- "l'Europe est importante pour la Russie"
Jacques Sapir

- Une contradiction française : OTAN ou défense européenne ?
Hervé Coutau-Bégarie

m Marchands sans temple

- Lisbonne plouf ou Lisbonne plus ?
Pierre Lévy

p. 10


m Langue et  civilisation

- Langues régionales, armes et otages de l'ordre ethnique européïste
Yvonne Bollman

p. 13

m Les souverainissimes

- "Oui à l'Europe, Non à Bruxelles"
Philippe de Villiers


m Chroniques

- Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
- Daniel Hamiche
- Patrick Louis
- Michel Debray

p. 8, 10, 11, 15, 18

N°48 - Dans la rue !

A M. Henri Guaino.

 

Dans toute république qui se veut tant soit peu une République, l’Etat se doit de faire respecter les lois en général et l’ordre public en particulier, notamment de faire arrêter et juger les hors-la-loi, comme il se doit d’honorer par ailleurs les citoyens qui témoignent de leur attachement à la patrie. On est désolé de devoir rappeler ce qui n’est plus l’évidence quand elle fait le contraire, se prosterne devant les hors-la

-loi, rebaptisés « sans-papiers » pour les besoins de la cause, dans le temps où elle fait enfermer les patriotes. Qu’on veuille bien, si l’on me juge excessif, lire dans ces pages le témoignage de quatre militants souverainistes de l’ARN (Alliance pour la Résistance Nationale) et du RIF (Rassemblement pour l’Indépendance et la souveraineté de la France) arrêtés le 1er juillet dernier devant la tombe du soldat inconnu, et retenus vingt deux heures durant dans des conditions stupéfiantes pour avoir seulement protestés, sans aucune violence, de leur attachement au drapeau national après que M. Sarkozy (qui était reparti) fit mêler à  ses plis ceux d’un tissu bleu à étoiles jaunes censé représenter une Europe qui, il est vrai, n’est plus tout à fait nouvelle, en l’insistante compagnie du chef des Commissaires, M. Barroso, et de l’inénarrable M.Pšttering (pages 6-7). Qu’hommage soit rendu à nos vaillants avant-gardistes ; ils ont droit à toute notre admiration - à la notre comme, d’ailleurs, à celle de personnages haut placés auxquels je relatai l’affaire le lendemain et qui se sont comme étonnés d’eux-mêmes ; il y a toujours, en ce genre de période, des officiels qui sont aussi des résistants… Il est vrai que, en France, les Républiques finissent souvent mal, et l‘on vit, après les fins sanglantes des première et deuxième du nom, la pompeuse Troisième subrepticement rangée sous la botte étrangère avec l’assentiment, déjà, de ses très républicaines éminences gargarisées quinze ans durant d’Europe et de Paix. Etranges défaites, qui ne sont plus seulement hélas ! celles de la pensée. Mais il fallait s’attendre à ce que le reflux de nos mots, de nos principes et du simple sentiment de nous-mêmes ne fasse que précéder, comme nous l’avons annoncé ici depuis cinq années, le reflux de toute la France, de la France en ce qu’elle est France, de son drapeau comme de ses libertés, de ses lois, de ses forces vives et finalement de ses armes même – qu’on voit dans le même temps, car tout se tient, repliées dans le plus grand désordre, comme sous le coup d’on ne sait quelle débacle. Ah, certes, il est beaucoup plus tard qu’on ne pense ! Que peut donc signifier dans ces conditions la fameuse « présidence française » ? S’il s’agit que la France soit présidée, on y a renoncé, à institutions inchangées, et depuis longtemps. Oh, certes, nous ne négligeons pas, et certains membres de notre équipe moins que d’autres, la part de lucidité qui se manifeste dans les propos du président de la République, bien éclairé qu’il est, sans doute, par certains de ses conseillers – notamment quant au projet d’Union Pour la Méditerranée, sur lequel nous fumes jusqu’à présent circonspects, ne serait-ce que pour une raison que nos lecteurs n’aperçoivent pas, qu’il n’est pas à nos yeux, pas du tout, une affaire européenne - nous y reviendrons dans nos prochains “Cahiers”. Mais il se trouve que le discours ne peut pas tout quand les actes manquent, et que, justement, derrière son volontarisme trop vite affiché, M Sarkozy en est réduit à l’énumération de ses impuissances (p. 9). Ainsi, le 30 juin sur FR3, on le vit dresser un réquisitoire sourcilleux contre les diktats d’une Commission de Bruxelles et d’une BCE qu’il semblait découvrir. Qu’il s’agisse des taux de TVA sur disques, vidéos, produits pétroliers et restauration, de l’ouverture quasi-complète de nos marchés, de la fixation des taux par la Banque de Francfort, voici le spectacle dérisoire d’un Président qui, fort conscient des mesures que commandent les urgences de l’heure, n’en démontre pas moins qu’il n’en peut prendre aucune sans l’accord de Bruxelles. Jamais peut-être ne fut exposée si clairement l’impuissance publique, si nette désormais que l’on entend même le porte-parole du ministre de l’économie se plaindre que le Kommissaire Mandelson ne daigne pas communiquer (pas même à la présidence française) les éléments sur lesquels il va négocier une ultime conciliation de "Doha È. M. Sarkozy, qui l’en apostropha, s’attira une sèche réplique : représentant 27 Etats, il n’entendait recevoir d’ordres d’aucun d’eux. C’est que l’on a beaucoup confondu présider et diriger, s’agissant surtout d’un exercice intergouvernemental comme l’est la présidence du Conseil européen, où la France n’a pas pour autant une seule voix de plus (soit 8% du total européen). Voici qu’il arrive ce que nous avions annoncé cent fois ici, que le pouvoir, comme les mots, sont tant vidés de sens et de contenu, qu’il arrive à la présidence française de l’U.E. ce qu’il arrive à la présidence de la République tout court : les intentions sont bonnes mais la marge de manoeuvre quasiment nulle, hormis le magistère de la parole qui devrait s’exercer, au nom du peuple français, comme de l’évidence, pour l’élaboration d’une autre, d’une toute autre Europe.

 

La Bataille des drapeaux

 

Il n’y a pas matière à pavoiser, et pourtant comme on pavoise ! Revenons donc sur les tribulaltions de la nouvelle bannière étoilée, que nous nous donnons le ridicule de faire flotter sur les autobus, ce que l’on ne vit dans aucun autre pays d’Europe, où l’on n’est sans doute pas si impatient de se fuir soi-même. (Une correspondante m’annonça fièrement qu’elle avait obtenu d’un chauffeur l’autorisation de faire disparaître le dit oripeau !) Si ce 1er juillet marqua une date, c’est bien celle d’un nouvel épisode du feuilleton européen que l’on pourrait appeler la « Bataille des drapeaux » -étape que l’on pourrait appeler de la violence symbolique, tout symbole pouvant, mieux que des démonstrations « euro-réalistes », cristalliser les émotions et bouleverser les coeurs. Les manieurs de drapeaux ne mesurent sans doute pas la charge émotive de ce avec quoi ils jouent. On vérifiera sans doute dans les mois et les années à venir ce qu’il en coûte de manipuler ainsi les signes d’appartenance les plus profonds auxquels s’identifient les citoyens.

La « Bataille des drapeaux », nous la mènerons ˆ d’autant meilleur droit, que justement,

les symboles de l’Union ont été retirés de la première version de la Constitution européenne et ne figuraient plus dans le défunt texte de Lisbonne. Leur existence légale est donc sujette à caution. Le RIF étudie d’ailleurs les lois et les moyens d’instruire une série de recours pour excès de pouvoir devant les juges administratifs, rappelant que la Constitution nationale, pas tout à fait disparue malgré les tripatouillages

actuels, ne mentionne que le drapeau tricolore, lequel demeure le seul emblème de la République. Tenons-y fermement : comme le signe en fut donné souvent dans l’histoire par les peuples privés de

leur liberté, une fois passé le stade de la violence symbolique c’est la violence tout court qui pourrait bien, hélas !, parler un jour…

Strasbourg, 10 juillet 2008

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

EDITORIAL 

m Dernières nouvelles des Cabris

- Chronologie des mensonges

- 40 md€ dilapidés par le commission
François Asselineau

- Pauvres Pêcheurs
Dominique Souchet

p. 2, 3, 4, 5


m En toute indépendance

- La conscience c'est la conscience de soi
Véronique Hervouët

- Le souverainisme une idée certaine de la France
Philippe Boulanger

m Marchands sans temple

- La crise alimentaire et l'UE
Jean-Claude Martinez

p. 10


m Langues et  civilisatiosn européennes

- Européïsme, Communautarisme,
Eric Zemmour

p. 13


m Chroniques

- Patrick Louis
- Philippe de Saint Robert
- Daniel Hamiche
- Jean-Paul Bled
- Michel Debray

p. 3,  8, 12, 13, 14 

N°47 La victoire des Nations

La très nette victoire du Non en Irlande confirme une fois encore ce qu'annonce de toutes parts le XXIème siècle : le grand retour des nations. Elle s'ajoute au Non que la France a opposé voici trois ans à la supranationalité européenne, suivie par la Hollande. Elle s'ajoute aussi ˆ tout ce que nous savions, notamment grâce à une multitude de sondages convergents, de la résistance de ce que les peuples ont de plus précieux, le droit de disposer d'eux-mêmes, de se gouverner selon leurs principes et leurs intérêts propres, en d'autres termes leur souveraineté, qui est leur être même. Dans la très grande majorité des pays qui n'ont pas eu droit au référendum, ni pour le traité Giscard, ni pour son pauvre succédané de Lisbonne, les sondages indiquent un net refus du modèle supranational, supérieur à 60% en Grande Bretagne, en Autriche, en République Tchèque, en Hongrie, en Slovaquie, au Danemark, en Suède, en Pologne, en Grèce, et dans une moindre  mesure au Portugal et en Italie. Rappelons que le Oui n'avait été victorieux qu'au Luxembourg et en Espagne - mais dans ce dernier pays, seuls 32% des inscrits ont exprimé un timide Oui, l'Eglise espagnole ayant été massivement suivie dans sa consigne d'abstention. Les oligarques de Bruxelles sont refusés par l’Europe dont ils portent si indument le nom. A lui seul, le fier peuple irlandais, suivant les Français qui les premiers ont ouvert la voie, fait échouer pour toujours la méthode Monnet, laquelle consistait à s'en remettre au couple infernal de Bruxelles et de Luxembourg (la Commission et la Cour) pour construire par petites touches subreptices, à l'insu des peuples et contre eux, un Etat supranational et atlantique châpeauté par Washington. Monnet disparaît pour toujours. Son échec était d'ailleurs prévisible puisque l'entreprise revenait à créer l’Europe contre les règles élémentaires de la démocratie, dans le temps même o? l'on affirmait que ladite démocratie était son fondement même, l'ultima ratio de notre modèle politique. Cette contradiction, si caractéristique de toutes les idéologies démentes, pouvait d'autant moins tenir que l'Europe de Bruxelles niait dans le même temps l'ensemble du substrat culturel et civilisationnel de nos nations, leurs racines chrétiennes et leurs sources, Jérusalem, Athènes et Rome. Niant chacun de ces fondements, Bruxelles échafaudait un Etat immense au dessus du vide, et ne pouvait que s'écrouler.

Quatre conséquences


La première conséquence est immédiate et juridique. Comme le rappelle H. Védrine aujourd'hui même, tous les points de la présidence française (qu'ils soient fondés ou non, lˆ n'est pas la question) peuvent entrer en application sur le fondement de Nice – évidence, d’ailleurs, puisque les dispositions de Lisbonne ne se seraient appliquées qu’en 2009. Toute tentative d'appliquer le traité de Lisbonne, alors qu'il est tout aussi caduc que la Constitution Giscard l'était après le Non français,

ne serait qu'une forfaiture supplémentaire, tant il est vrai que tout traité doit être ratifié par chacun de ses signataires ou devient nul. Lisbonne est mort, Nice s'applique. Hélas, pour nos grandioses bâtisseurs, le traité de Nice fixait la répartition des voix au Conseil et des sièges au Parlement, en sorte qu’il sera lui aussi caduc dès qu'intervient une nouvelle adhésion : ce n'est donc pas simplement Lisbonne et Nice qu'il faut remplacer mais tous les traités - en d'autres termes, édifier un nouveau traité fondateur pour une autre Europe.

C'est la deuxième conséquence, toute entière politique. L'heure est venue de concevoir une autre Europe, respectueuse des Nations et d'organiser leur collaboration sur des nouvelles bases : lesquelles ? Comme nous l’avons demandé ici plusieurs fois (c'est notre plan B que les

médias refusent de prendre en compte), il faut supprimer la Commission européenne et la Cour de justice de Luxembourg, et placer le Conseil Européen et le Parlement de Strasbourg (à réunir, à terme, avec le Conseil de l’Europe), au service d'un ensemble de coopération entre les Etats, en privilégiant cinq domaines où les Etats décidément ne peuvent agir seuls : une politique

coordonnée de la recherche, une politique industrielle, une politique commerciale (en réhabilitant notamment, en tout domaine, la préférence communautaire) - trois domaines clés pour assurer l'avenir des nations européennes au XXIème siècle, assortis d'une défense européenne qui soit véritablement européenne (c'est à dire délivrée de l'OTAN), ainsi que, pour finir, une surveillance renforcée des frontières, en renfort des contrôles nationaux si mal assurés aujourd’hui par les Etats. Cette autre Europe est possible : la France doit la proposer aux peuples, qui d'ailleurs n'en veulent aucune autre.

 La troisième conséquence fut annoncée par un communiqué commun signé dès le 10 juin par mon ami Patrick Louis pour le MPF et moi-même pour le RIF (voir p. 4) : dès le 1er juillet, nous réunirons avec les moyens du groupe Indépendance & Démocratie un Comité Permanent de Surveillance de la Présidence Française. Pas à pas, pendant six mois, nous "marquerons" ainsi la présidence française pour nous assurer qu'aucune de ses initiatives ne s'inscrit dans le cadre du traié de Lisbonne, dont désormais, l'application est non seulement illégitime, mais illégale.

 La quatrième conséquence est électorale : aujourd'hui, à  un an exactement du vote, s'ouvre la campagne pour les Européennes. Le Non irlandais s'ajoute aux nombreux éléments qui, ensembles, annoncent une belle victoire des partisans de la souveraineté nationale et populaire. Les récents débats parlementaires ont d'ailleurs prouvé (p.e. sur les OGM ou le label Bio) que les Français commencent à comprendre que les cadres fixés sur tout sujet par Bruxelles et Luxembourg sont si contraignants que leurs élus, qui ne s’appellent plus « le pouvoir » que par dérision, n'ont plus grande marge  -au point que les parlementaires eux-mêmes et jusqu'ˆà bon nombre de députés UMP découvrent les conséquences de traités qu'ils ont ratifiés en catimini, et dans leur propre brouillard ; nous donnerons désormais largement la parole à ces députés UMP tout à coup éclairés. L'objectif est évidemment de réitérer le « coup de 99 » et de faire en sorte que nos listes devancent partout celles de l'UMP. L'Etat major UMP est aux abois. Pour éviter la probable bérézina, il a trouvé deux parades terribles : la première est la diminution du nombre des sièges français (il passera de 78 à 73) qui rendra l’élection plus difficile puisque ce sont toujours les petits partis qui ont "le nez juste au dessus de la barre" et que celle-ci sera mécaniquement relevée - il faudra pour avoir un élu obtenir de 8 à 10% des voix selon les régions. Il n'est d'ailleurs pas exclu que nos négociateurs aient d'autant moins défendu les sièges français (à la différence de l'Allemagne par exemple qui bien qu'elle ait déjà un nombre de sièges proportionnellement supérieur à sa population, soit 99, n'en perdra que 2, soit beaucoup moins que la France !) qu’ils entrevoyaient ainsi l’occasion de se débarrasser nous. La seconde ruse consiste à susciter des divisions en notre sein, et spécialement des candidatures contre nos députés sortants : une manoeuvre de ce genre a cožtŽ 3% à notre liste en 2004. Nos lecteurs s’en alarment déjà (cf. page 14). Le but évidemment n'est pas d'obtenir des élus, mais de barrer les sortants, et nous empêcher d'avoir les 12 ou 15 élus possibles. Je mets solennellement en garde tous les Français attachés ˆ la souveraineté nationale et populaire, aux valeurs de la République et à l'indépendance de la France, contre ces manoeuvres de diversion, et plus largement contre l’esprit de désunion qui nous a déjà tant rongé déjà, mais qui ne nous empèchera pas de vaincre : le rassemblement de toutes nos forces est plus que jamais nécessaire pour assurer ce dont la victoire du Non le 29 mai 2005 en France et aujourd’hui en Irlande porte la promesse : la sauvegarde des patries, au premier rang desquelles la France.

 

 

13 juin 2008

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

m Dernières nouvelles des Cabris

- Le parlement au royaume imaginaire

- Les souverainistes
Jean-Paul Bled

- Le grain de sable tchèque
Vladimir Selezny

- Parlement européen : des députés d'opposition sanctionnés pour indiscipline

-Irlande le troisième Non ?
Christophe Beaudouin


p. 2, 3, 4, 5


m Une certaine idée

- La Russie
Paul-Marie Coûteaux

- La dissuasion nucléaire ne peut être européenne
Ramu de Bellescize

- Pas de troupes Françaises en Afghanistan
Claude Beaulieu

m Marchands sans temple

- Amère méditérranée - Epée de Damoclès
 Pierre Lévy

- Coûts des condamnations de la France

p. 10,11


m Les souverainissimes

- Le français de viendra-t-il une langue morte ?
Jacques Myard

- Propositions pour des MOCRIE

p. 15


m Chroniques

- Patrick Louis
- Philippe de Saint Robert
- Daniel Hamiche
- Michel Debray

p. 8,  12, 13, 14 ,

N°46 - Réseaux et résurrections:

Il y a de pieux mensonges. La légende gaullienne, à laquelle il est fort significatif que la chronique française ne cesse de revenir ces jours-ci, est en bonne partie faite de ces mensonges bien intentionnés que les gaullistes perpétuent dans l’intérêt, bien entendu, du Général – et quelquefois d’eux-mêmes. Ainsi de la légende du « retour au pouvoir » qui aurait tenu de la Providence, en ce fameux mai 1958 dont, sous les gros pavés d’un autre mai, on célèbre ces jours-ci le cinquantième anniversaire.

Or, ce retour n’a rien d’un miracle : d’une part, il fut de longue main préparé, d’autre part, il a beaucoup tenu à un élément qui n’avait rien de providentiel, la supériorité de la légitimité sur la léalité – supériorité plus que jamais d’actualité après la supercherie du prétendu « mini-traité de Lisbonne ».

Revenons donc sur la légende qui voudrait faire croire que, en 1953, le Général ait décidé de « mettre en veilleuse » le RPF ; ce serait la ran?on logique de l’échec électoral d’un RPF presque partout contrecarré par la loi des apparentements, qui autorisait les partis du « Système », MRP, radicaux et socialistes, ˆ additionner leurs voix dans chaque département pour être réputés élus, même quand chacun d’eux en avait obtenu moins que le RPF, ou le PCF : devant le faible nombre de rescapés, et le ralliement d’une partie d’entre eux, la décision aurait pu se comprendre. Mais, à regarder de près, il apparaît bien que le Général décida tout autre chose : ce qui fut « mis en veilleuse », ce fut l’électoralisme du RPF, point son activité. Au contraire, le Général entendit faire de lui, certes discrètement, une sorte de réseau, ou plutôt une multitude de réseaux destinés ˆ préparer son retour par d’autres voies, certes plus souterraines.


1958 commence en 1951

    Peut-on parler de « phalange » ? Selon la définition que donne Le Robert, « groupe dont les membres sont étroitement unis », il s’agit bien de cela. Le premier reflexe du Général, l’organisation de manifestations de rue, ayant vite tourné court - le 8 mai 1954, un rassemblement devant l’Arc de Triomphe ne réunit que deux ou trois mille militants -, l’action des fidèles s’orienta sur deux plans : d’un côté, ils développèrent le service d’ordre du RPF, confié au précieux Ponchardier, multipliant des groupes locaux à travers le territoire, doublés de réseaux dans certains milieux stratégiques - « service action », en somme, dont l’existence est bien ce qui manque aujourd’hui aux souverainistes, dont l’activité militante se borne à l’organisation d’inlassables réunions, aussi nombreuses qu’inutiles; d’un autre côté », ils acquirent assez de poids dans les partis du Système pour obtenir des postes ministériels, ce que le Général désavouait, non sans entretenir avec leurs titulaires de constantes relations, encourageant d’ailleurs la « double appartenance » (au RPF et à d’autres partis, que chacun choisissait selon ses inclinations). L’ensemble convergea lors du « coup de torchon » longtemps attendu, et finalement provoqué en 1958 par le drame algérien : ce fut l’opération « Résurrection », véritable coup de force auquel le Général lui-m?me donna son nom, et qui ne fut évité (ou plutôt rappelé, car il y eut un début d’exécution…) que par l’intervention du Président de la République, René Coty, se décidant, le 30 mai, à demander à Charles de Gaulle de former le Gouvernement. De cette convergence entre les réseaux, l’illustration parfaite fut donnée par le couple Chaban-Delmas/Léon Delbecque : si le premier n’avait pas été ministre de la Défense, le second n’ežt certainement pas pu agir comme il le fit en Algérie… Claude Mauriac ne fut qu’à moitié rassuré lorsque, s’inquiétant auprès du Général de ce qui lui apparaissait comme une stratégie de coup de force, il s’entendit répondre que « les coups d’Etat, malheureusement (sic !) ne mènent généralement à rien ». En réalité l’action directe, toujours nécessaire, ne porte ses fruits que lorsque l’immense majorité du « pays réel » (expression maurassienne que de Gaulle employa souvent) se défie d’un « pays légal » dont l’illégitimité, après mult artifices, est devenue patente. A juste titre, M. Debré justifia l’opération « Résurrection » par la ruse des apparentements : 1958 était bien dans 1951, rendu possible par l’action multiforme menée entre ces deux dates. Historiographie gratuite ? Si toujours plus d’ouvrages, d’émissions de télévision, de films et de musées sont aujourd’hui consacrés ˆ ce Général grand démophile plus que grand démocrate (s’il sauva par deux fois la Res Publica, il ne jugea pas nécessaire de se soumettre lui-même au suffrage universel, sauf en 1965, à 75 ans !, avec un résultat d‘ailleurs fort mitigé), c’est bien qu’il a encore quelque chose à nous dire : tôt ou tard, la légitimité l’emporte sur la légalité, une légalité obligée pour se survivre d’enfreindre ses propres règles. Telle est l’éternelle loi formulée ici par les signataires de l’appel, rédigé par Albert Salon et Henri Fouquereau après la « supercherie » du « mini traité » ( voir ci-dessous ), que nous invitons nos lecteurs ˆ signer et faire signer autour d’eux : toujours, une nouvelle légitimité se forge dans les profondeurs du pays et finit par s’imposer, le sauvant ainsi de l’anarchie, du déshonneur, et de ce qui les suit toujours, la ruine.





APPEL

Le traité illégitime de Lisbonne ne peut fonder aucun droit en France.
Le peuple français a rejeté le 29 mai 2005 le projet de Constitution européenne. Ce même projet, sous la forme du traité de Lisbonne, a été ratifié dans le mépris du peuple et la trahison de l’indépendance nationale, grâce à l’approbation, au Parlement, de représentants non mandatés à cet effet. La souveraineté est inhérente à notre Nation ; nul représentant ne peut l’abolir. Or, le traité porte une atteinte mortelle à l’indépendance et ˆà l’unité de la Nation. Il met fin à notre liberté chèrement acquise, et à notre faculté de décider de notre avenir. En validant la charte des droits fondamentaux, il mène au communautarisme, à l’inégalité des droits entre Français et à la désintégration nationale. Illégitime, il est nul et non avenu, comme le seront les textes et jugements fondés sur lui. Les auteurs de cette forfaiture devront en répondre devant le peuple.

Signataires : Jean Foyer, Pierre Lefranc, Prince Charles-Philippe d’Orléans, Général Pierre-Marie Gallois, Jean-Pierre
Chevènement, Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan, Patrick Louis, Paul-Marie Coûteaux, Maxime Gremetz, Alain Griotteray, Michel Pinton, Philippe de Saint Robert, Albert Salon, Henri Fouquereau, Pierre Lévy, Alain Corvez, Jacques Dauer, Michel Debray, Henry de Lesquen, Jean-Paul Bled, Alain Bournazel, Colonel Alain Corvez, Henri Tisot, Yvonne Bollmann, et beaucoup d’autres...

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

EDITORIAL 

m Dernières nouvelles des Cabris

- Le songe européen d'Attali

- Afrique un autre fiasco du sarkozysme
Jean-Paul Bled

- Français, venez en Irlande
Kathy Sinnot

- Le Portugal renonce au référundum
Manuel Monteiro


p. 2, 3, 4, 5


m Une certaine idée

- Elections présidentielles en Serbie
Kosta Christich
Patrick Barriot

- Le coup d'état simplifié
Nicolas Dupont-Aignan

m Marchands sans temple

- Ouvrez incontinent
Kosta Christich Pierre Lévy

Kosta Christich

Kosta Christich

p. 10


m Langues et  civilisatiosn européennes

- Européïsme, Communautarisme,
Eric Zemmour

p. 13


m Chroniques

- Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
- Daniel Hamiche
- Guillaume Peltier
- Michel Debray

p. 4, 13, 14 , 15

N°45 - Quand le roi était fou

Médusant accélérateur de l’histoire que ce M. Sarkozy ! Qu’il lui soit ici rendu hommage : c’est un peu grâce à  lui qu’éclatent enfin au grand jour les tares de la « république » moderne, tant il les résume par sa propre personne aussi bien que par son « action », son environnement personnel et par dessus tout ses soutiens, « nationaux » et internationaux. De la république de pacotille, il est devenu une sorte de symbole pur et parfait ; du consternant modèle d’homme contemporain, ignorant de lui-même, de ses héritages, de ses devoirs, quelquefois de sa langue même, et qui s’agite comme un spectre à la surface de la terre, il est devenu une sorte d’incarnation idéalle ; de ce qu’on pouvait attendre d’un souverain à l’évidence dé, comme le fut longtemps avant lui le malheureux Charles VI, ce malheureux roi qui, devenu fou après un accident de chasse, livra la France au parti de l’étranger, et à ce traité de Troyes qui, bien qu’il passât inaperçu de la plupart des Français de l’année 1420, domina toute l’époque comme le traité de Lisbonne domine tout de la notre ; il arrive ce qui arrive à toute nation quand son Etat l’a abandonné, il offre une illustration pour ainsi dire éclatante. Des gradins où se trouve relégué l’ancien peuple de France désormais dénommé « le public », on a envie de crier à l’enfant qui fait le pitre au milieu de la piste : bravo l’artiste ! Ainsi se produit sous nos yeux, à vitesse accélérée, ce que nous avons vu venir depuis longtemps : depuis des années et des années, les Français dans leur ensemble (certes, au premier chef les dirigeants et les prétenues « élites », mais aussi hélas une large majorité des Français qui persistent à les écouter et, même, par paresse intellectuelle, étourderie, bas intérêt, inculture, perte de tout instinct à les élire !), ont si bien pris l'habitude de mettre la France plus bas que terre, si bas, et de tant de façons, avec tant de constance et avec tant de hargne mauvaise, qu'il était inévitable qu'un jour ou l'autre elle s'y trouvât en effet. Sans doute est-il inutile de revenir encore sur le tableau qu'offre la France en cette année 2008, sur lequel s'avance l'ombre de multiples ruines, à commencer par celle de notre tissu industriel qui, depuis la Libération et pendant trente années, fut l'oeuvre patiente du redressement national ; inutile de revenir sur le délabrement de nos institutions, et de cet esprit de souveraineté pour lequel avait été faite toute entière la Vème République, sur le blocage complet des mécanismes démocratiques, sur l'anémie démographique, le démantèlement ou la paralysie des principaux services publics à commencer par celui de l'éducation, l’inquiétant « différentiel » qui se creuse désormais entre une inflation en hausse (presque de 3 %) et une

croissance en baisse (moins de 2 %), signe d'une profonde et durable dépression économique, pour ne pas parler de l'état désastreux des finances publiques, désormais impossibles ˆ redresser : pôles symptomes de tout le reste, qu’on ne saurait énumérer en détails mais qui saute aux yeux et que tout honnête Français rumine àlongueur de journée comme on boit la lie.

Que pouvait-il surgir de ces décombres ? Nul sauveur, puisqu’il vient toujours, comme l’a si bien écrit Richelieu, « un moment où l’organisme politique est si affaibli qu’il n’est plus en état de supporter les remèdes les plus nécessaires »- et que, de toutes façons, se sauver collectivement, les Français ne l’espèrent même plus, tout occupés qu’ils sont à leur sauve-qui-peut- particulier, finalement à un égoïsme sacré qui, s’étant paré du noble nom de « libéralisme » s’affiche désormais partout, comme une conquête ultime. Rien ne peut sortir d’un Etat si désarmé que le notre, paralysé par sa propre graisse, et tant privé d'autorité qu’il renonce à défendre l’idée même d’autorité - à commencer par celle, qui se nomme souveraineté, de son chef, lequel a tant perdu de ses véritables prérogatives que ce qui dépend encore de lui, au moins une fonction de représentation, il était inévitable qu’il y renonce, préférant fuir dans d’inquiétantes extravagances.

 

Continuer L’Indépendance ?

 

Quand les yeux s’ouvriront-ils ? L’affaire du Kossovo, si évidemment lourde de dangers pour toute l’Europe, et notamment pour la France, construction politique que guette toujours le séparatisme et la dislocation, aurait pu nous mettre en garde : mais ce qui passe pour le gouvernement de la France fut parmi les premiers à reconnaître le coup de force des bandes autrefois qualifiées de « terroristes » et désormais de « Kossovars », cela simplement pour complaire, aux bons soins d’un ministre des Affaires étrangères qui n’a jamais eu la moindre idée de ce que peut être « la politique de la France », aux puissances du jour, et précisement à ce condominium germano-américain qui mène la danse sous le masque de la mondialisation ou, imposture des impostures, de l’Europe même…

Y aura-t-il enfin, un jour, une véritable opposition ? Qui osera enfin dire cette chose simple : que plus rien n’est possible pour la France, conséquemment pour les Français, sans sortir du capharnaüm dénommée U.E., et retrouver la pleine responsabilité de nous-mêmes, de notre destin, ne serait-ce que de notre avenir. Ce n’est certes pas d’un parti que viendra un tel réflexe, trop opposé au coeur même du Système pour éclore de quelque façon que ce soit : d’un mouvement de pensée, ce que j’ai appelé voici dix ans, bien seul en cela, et que je persiste à nommer souverainisme, seul mouvement d’avenir en France parce qu’il est le seul à se soucier de l’avenir de la France. Un mouvement de pensée qui se forme autour de notre journal, qui connaît aujourd’hui et connaitra sans cesse dans les prochains mois une évolution qui, depuis son origine, fut sa seule raison d’être. Allons nous cesser de paraître, recouvert par les vagues de découragement – ou continuer ? Cela ne dépend peut-être que de vous…

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

EDITORIAL 

m Dernières nouvelles des Cabris

- NCE : Toute la presse en parle...peu !

- Une étrange coïncidence
Jean-Paul Bled

- Intervention à l'assemblée nationale
Véronique Besse

- La revanche de l'établissement
Rémy Carof


- Rumanie des élections volées

Eugen Mihaescu


- Le traité de Lisbonne et l'OTAN
Christophe Réveillard

- Europe de la défense
Alain Corvez


p. 2, 3, 7, 8, 9


m Une certaine idée

- Erreur de perspective en Russie
Jacques Sapir

- Le désarmement européen
Pierre-Marie Gallois

m Marchands sans temple

- Ouvrez incontinent
Pierre Lévy

p. 10


m Langues et  civilisatiosn européennes

- Histoire de la Prusse
Jean-Paul Bled

p. 13


m Chroniques

- Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
- Daniel Hamiche
- Guillaume Peltier
- Michel Debray

p. 18, 9, 12, 13, 14 

N°44 - L'Insulte faîte au peuple

Nous avions, en 2005, gagné à la loyale. C’est dans la déloyauté, sous le masque parlementaire, que l'adversaire prend aujourd'hui sa revanche. Il nous faut à présent mener la troisième partie comme

nous avons mené la première, par la précision et la constance de l'information, par les faits et les mots pour les dire: par la parole au peuple.

Souvenons-nous des conditions de 2005 : il fut partout noté dans les pays étrangers l'application avec laquelle les citoyens français s'étaient informés du contenu du texte Giscard non toujours dans ses détails mais dans ses principes, ce dont témoigna le succès des nombreuses éditions du texte de M. Giscard d'Estaing, comme de l'effervescence du débat national, aussi bien sur le foisonnant internet qu'à l'occasion de réunions publiques organisées partout dans le pays. Pauvres Français ! Ils se sont appliqués, puis se sont prononcés, et tout cela en vain… Trois ans plus tard, on comprend l'actuelle indifférence ou désabusement populaire pour la chose publique - que l'on s'acharne d'ailleurs à réduire aux affaires domestiques, voire même sentimentales… « A mort la politique ! «  s’est juré son vieil ennemi, l’argent. Le plus grave est ce dont l’actuelle atomie populaire est le signe, celui d'un peuple qui sort de l'histoire, découvrant qu'il lui est désormais interdit d'envisager toute politique, économique, monétaire, aussi bien qu'industrielle ou agricole, comme toute politique étrangère etc... la vérité est que l'histoire et la démocratie ont été confisquées sous nos yeux incrédules par une sorte de classe supranationale qui flotte au-dessus des nations, et dont les maîtres, qui ne veulent appartenir à aucune d'elles (et surtout pas celle dont ils sont originaires), ne font plus que nommer des "gouverneurs" chargés de la "gouvernance" de tel ou tel district : ainsi M.Sarkozy pour le « district France ». Nous voici arrivé au régime oligarchique que déjà Aristote voyait naître, comme naturellement dans la décadence des Républiques. Certes nous savions qu'en France celles-ci finissent mal : la Première république a fini dans la Terreur, la Deuxième dans le Coup d'Etat, la Troisième dans le désastre, la Quatrième dans le ridicule, la Ciquième dans l’abdication pure et simple. Mais, pour habituelle qu’elle soit, la déroute républiciane est encore plus grave aujourd’hui en ce que, dans la dissolution de la souveraineté nationale, les esprits ne sont plus guère portés à concevoir de politique de rechange, et se découragent ; or, c'est dans l’imagination, à frais nouveaux, pour ainsi dire à neuf, en brisant tous les tabous du temps, qu'il faudra reconstruire une Res Publica, effort qui n'ira pas sans un immense travail pédagogique d'abord adressé au peuple -car c'est en lui, quelque soit la forme de gouvernement, que réside et résidera toujours toute légitimité, tant il est vrai que l’on ne gouverne jamais un peuple contre lui-même –ou l’on ne gouverne plus…

 

La question européenne se joue en France

 
N'ayons pas peur de regarder les choses en face, et de les dire ; de notre lucidité, et de la hardiesse des solution institutionnelles, de la Res Publica nouvelle que nous saurons proposer aux Français, dépend que la prochaine manche sera gagnée ou perdue –alors sans doute pour longtemps. Il faut d‘autant moins craindre une parole franche que l’on nous comprendra de mieux en mieux. Ce qui arrive aujourd’hui aux pêcheurs est révélateur : pour apaiser leur colère, M. Sarkozy en est réduit à promettre que les trop fameux quotas, qui asphyxient nos ports depuis de nombreuses années, seront changés à la faveur de la prochaine présidence française ; or, non seulement celle-ci n’est nullement faite pour cela, mais il n’entre pas dans le pouvoir d’un Etat d’imposer ses règles aux 26 autres, dont l’immense majorité se fiche éperduement de l’avenir des pêcheurs français ; ceci d’ailleurs le savent bien, et ne l’envoient pas dire : le mensonge passe de moins en moins –et d’autant que le même personnage fait voter par la voie parlementaire un traité qui limitera encore les pouvoirs des gouvernements nationaux. A la vérité, M. Sarkozy ne sait où donner de la tête et du verbe pour colmater les brêches que la supranationalité ouvre partout, dans toutes les professions, se condamnant ainsi à multiplier les plus grossiers mensonges : en déclarant aux viticulteurs que jamais il n’abandonnerait le vin français, dit-il pour cela « utiliser le véto français à l’OMC » (sic !) il atteint même les sommets de l’imposture, attendu que non seulement la France n’a pas de véto à l’OMC, mas qu’elle n’y dispose pas même du moindre siège, n’y étant représentée que par un commissaire britannique, M.Mandelshon, lequel ne doit, de par ses obligations juridiques, n’accepter la moindre consigne d’un Etat –il n’est lié que par un « mandat du Conseil » qu’il prépare lui-même, et qu’il interprète et exécute à sa guise –cf les péripéties du cycle de Doha… Ce genre de mensonge est trop énorme pour ne pas éclater au grand jour, tot ou tard. Et ne parlons pas des restaurateurs, auxquels fut promise une TVA à 5,5% en 2005, promesse que l’on affirma m?me tenue en avril 2005, à quelques semaines du référendum ; ni des vastes plans d’Union méditerrannéenne, laquelle ne pouvait avoir aucun contenu attendu que ses leviers possibles en sont détenus par Bruxelles –il a suffit à Mme Merckel de le rappeler pour que ledit projet soit promptement mis sous le boisseau. Et caetera, et caetera… Que faut-il de plus pour comprendre ? Sans doute un peu de courage de la part de nos amis journalistes qui (à peu l’exception de Marianne, du Monde Diplomatique, de Minute, moindrement de Valeurs Actuelles), vivent dans la peur : les uns d’un contrôle fiscal, d’autres d’une malencontreuse voie de fait, d’autres d’une exclusion ou d’une mise au placard, aux bons soins de rédactions elles-mêmes tétanisées par les propriétaires, presque tous magnats de l’oligarchie dominante. Que l’on mesure alors, dans cette conjonction historique proprement dramatique, l’importance de la presse d’opinion en général, de la presse souverainiste en particulier, et de l’Indépendance tout spécialement… A ces circonstances très particulières, notre titre doit d’ailleurs s’adapter : puisque le débat européen a envahi toute la politique nationale, c’est l’ensemble de celle-ci qu’il faut maintenant traiter, raison pour laquelle nous avons lancé nos Cahiers. Désormais, l’Indépendance titre et abonnement, est unique et je demande à chacun de vous de faire l’effort d’y souscrire sans tarder. Oui, l’Indépendance est unique : c’est celle de la Nation, celle de l’information, finalement celle de l’Esprit…

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

EDITORIAL 

m Dernières nouvelles des Cabris

- L'Iran, Georges W. Bush et nous
Jean-Paul Bled

- P. Mandelson, le petit frère de F. Bolkenstein
Francis Wurtz

- La revanche de l'établissement
Rémy Carof


- Rumanie des élections volées

Eugen Mihaescu


- Le traité de Lisbonne et l'OTAN
Christophe Réveillard

- Europe de la défense
Alain Corvez


p. 2, 3, 7, 8, 9


m Marchands sans temple

- Les derniers de la case
Pierre Lévy

p. 13


m En toute indépendance

- "Le traité de Lisbonne est inacceptable"
Entretien avec Philippe de Villiers

p. 10


m Chroniques

- Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
- Daniel Hamiche
- Bazile de Koch
- Michel Debray

p. 11, 15, 16, 17, 18

N°43 - N.C.E. : La France défendra son Nom

"Il est plus facile de l'égaliser certaines choses que de les légitimer" Chamfort « Ce sont ces gens là qui ont brûlé le Reichstag ! ». Ainsi s'exprimait le mercredi 12 décembre, en sortant de l'hémicycle, M. Watson, Président du groupe libéral, littéralement ahuri par la bronca que venaient de soulever les députés eurosceptiques au moment où MM. Pšttering, Président du Parlement, Barroso, Président de la Commission et Socrates, Premier ministre portugais et Président du Conseil européen, signaient solennellement - du moins l'espéraient-ils !- la ténébreuse Charte des droits fondamentaux. ( Sur ladite Charte et ses conséquences, on lira les notes de M. le Recteur Pécheul et de M.Patrice André dans nos Cahiers n°4, Analyse de la Nouvelle Constitution européenne, récemment parus). Jamais en reste d'une outrance, son collègue Schulz, président du groupe socialiste, évoquait les « méthodes du parti d’Hitler » ! Commentaires déplacés s’agissant du simple rappel des référendum français et hollandais, c’est ˆ dire du principe même du suffrage universel, mais significatifs de l’état d’esprit des fanatiques de la supranationalité qui se croyaient vainqueurs, mais découvrent qu’une opposition persiste, plus vigoureuse qu’ils ne l’imaginaient : sur de nombreux bancs, à droite comme à gauche, des députés, italiens, britanniques, autrichiens, polonais, irlandais, danois, suédois, grecs, mais aussi beaucoup de français, avaient brandi de grands panneaux et scandaient « referendum » dans un beau choeur qui résonnait sous la coupole de Strasbourg. La riposte fut habituelle : Euronews montra une petite partie de l’hémicycle en évoquant les « hurlements de l’extrême droite », tandis que, dans un communiqué échevelé, M. Patrick Gaubert, député UMP et Président de la Licra, comparait les souverainistes ˆ des nazis… Le niveau baisse, le ton monte… Comment en irait-il autrement ? Le viol de la voix du peuple est désormais avéré, et même justifié par la plupart des commentateurs qui célébrent la signature ˆ Lisbonne d’un funeste traité dont tout le monde, et jusqu’aux différentes chaînes de Radio France admet enfin qu’il ne fait que Ç reprendre l'essentiel de la Constitution rejetée", comme on l’entend sur France-Inter, dont un candide présentateur ajoute bonnement que "la voie référendaire a été jugée préférable par peur d'un référendum qui serait de nouveau négatif". Sic ! Le plus époustouflant est que tout cela semble aller de soi et que soit passé de mode le vieux réflexe des démocrates rappelant le primat du suffrage universel (tel Jacques Delors lui-même, qui réclame un référendum), comme si le peuple lui-même était une désuétude. Dans la même veine, Sylvie Pierre-Brossolette (Le Point) décrète tout uniment que "le référendum a été une erreur" ; De même lit-on dans l’éditorial du Figaro de ce jour : "La leçon a été tirée de la bourde passée". On a bien lu : en post-démocratie, consulter le peuple équivaut à une bourde ! Et l’éditorialiste de poursuivre : 

"Les Parlements nationaux étant en principe plus disciplinés que les citoyens, on peut tabler sur une ratification réussie l'année prochaine, et une entrée en vigueur du traité dès le 1er janvier 2009". L'auteur se rend-il compte qu'il postule ainsi comme une évidence que la décision est prise à l'extérieur du corps politique ?

Et sait-il par qui ? Un centre de pouvoir nouveau, sans nom et sans visage, en réalité des oligarchies supranationales qui choisiraient la voie la plus "disciplinée" pour légaliser leurs décisions. Nous entrons en des temps très nouveaux : la légitimité n’est plus dans le peuple ; finalement, elle n’existe plus.

Devoir de désobéissance

Car légaliser n'est pas légitimer, c'est làtout le problème. Si le souci de légitimité disparaît, ce sont alors les pouvoirs, quels qu’ils soient, et les décisions qu’ils prennent, qui ne sont plus légitimes. Invoquerons nous ici Saint Thomas d'Aquin, qui sur ce point fait autorité aujourd'hui encore au yeux de l'Eglise, pour avancer l’idée que, en de telles situations, la désobéissance n’est plus seulement un droit, mais un devoir ? 

En supprimant la souveraineté, on met en grand danger la légitimité ; nous le savions ; la preuve en est à présent faite. C’est ainsi l'idée même de la politique et finalement la polis qui se trouvent remises en question. Nous voici guettés par une sorte d'anarchie où l'ordre social plus ou moins assuré par des pouvoirs légitimes cède le pas à un désordre rampant où derrière l’apparence des « pouvoirs publics », assortie d’un autoritarisme pour ainsi dire compensatoire (la lutte frénétique contre le tabac, les radars le long des routes, la vidéo surveillance généralisée...), ce sont les pouvoirs de fait, c'est-à-dire les puissances privées, qui mènent la danse...

Or, quand la politique recule, c'est la violence qui gagne de proche en proche tout le corps social. Il n'est point étonnant que les foyers s'allument de toutes parts, à Toulouse ou à Villiers-le-Bel, point étonnant que l'on entende des phrases qui, il y a quelques années encore, auraient paru ahurissantes, tel celle-ci, relevée sur le blog d'un “collectif de Sarcelles” stigmatisant "le néocolonialisme français dans les banlieues". Logique stupéfiante, certes ; mais elle a déjà reçu une sorte d'onction ˆ large échelle par la pulvérisation générale des souverainetés - par exemple, ˆ quelques centaines de kilomètres de la France, au Kossovo, dont la supposée « communauté internationale » décrète l’indépendance au mépris de la souveraineté serbe ; comme on a vu la plus grande puissance de la terre envahir un territoire dont les habitants avaient été privés, dix années durant, de nourriture et médicaments parce qu’ils étaient malheureusement mal placées et que leur sol recelaient des richesses nécessaires à la prédation ordinaire du maître du monde ; comme on admet que les conquérants du Bien universel s’emparent d’enfants au mépris de toutes les règles de la parenté, de la famille, et de la souveraineté de leur nation – ces filets protecteurs face à la rapacité des puissants. Souveraineté serbe? Souveraineté irakienne? souveraineté tchadienne ? Dépassées ! Oui, mais c’est alors tout droit, quel qu’il soit, qui vacille. En vérité, la souveraineté est la première la première des civilités, la condition d’une organisation tant soit peu policée du monde, un adoucissement face à la folie de la puissance et de la force. Elle est bien la mère de toute règle, de tout droit, de toute paix. La France défend ainsi bien plus que son Non : son nom même…

 

Paris, 13 décembre 2007

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

EDITORIAL 

m Dernières nouvelles des Cabris

- La comédie de Lisbonne

- La tragique illusion
Jean-Paul Bled

- "Nouveau nom, même contenu"
Trois questions à Jens-Peter Bonde

- Le silence des grands médias

- La légèreté des élus

- Respecter le peuple
M-F Bechtel, P-M Coûteaux, P. Lévy

p. 2, 3, 7, 8, 9


m Marchands sans temple

- La faillite totale de la PAC
François Lucas

p. 13


m En toute indépendance

- "Le traité de Lisbonne est inacceptable"
Entretien avec Philippe de Villiers

p. 10


m Chroniques

- Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
- Daniel Hamiche
- Bazile de Koch
- Michel Debray

p. 11, 15, 16, 17, 18

N°42 - N.C.E. : le coup d'Etat

"Nous n'avons pas le droit de dire Non" Nicolas Sarkozy

En regardant tout à l'heure M. Sarkozy se vanter, devant le parlement de Strasbourg, d'avoir en quelques mois " relancé l'Europe ", il était visible que l'affaire de la Constitution prenait une dimension proprement historique - quand bien même scellerait-elle justement notre sortie de l'histoire : la formidable passation des pouvoirs des nations à " l'empire européen ", comme dit M. Barroso, est l'oeuvre d'une hégémonie prête à tout, jusqu'à remettre ouvertement en cause le suffrage universel, dont dépend pourtant toute légitimité, donc toute autorité véritable, et tout ordre public.

Nous le savions et le répétions : quand la souveraineté s'efface, la souveraineté populaire, c'est à dire la démocratie, est en grand danger. De la première, et de la façon dont elle se trouve pulvérisée par la Nouvelle Constitution Européenne (la N.C.E., comme il faut désormais nommer le prétendu " traité simplifié "), nous avons dit ici l'essentiel dès ce fameux 23 juin où, comme l'admet M. Sarkozy, "les dirigeants européens ont pris une responsabilité décisive". Certes L'Indépendance et son équipe furent bien seuls alors à saisir la supercherie et tenter d'alarmer l'opinion, tandis qu'une part notable de la gauche et la quasi-totalité de la droite étaient fascinés comme serpents à sonnettes par l'extraordinaire faconde du grand manieur de mots. Il n'est cependant pas sûr que la partie soit jouée ; l'avocat madré fut souvent interrompu par des interjections (" référendum ! ") venus des bancs eurosceptiques, pas seulement français, et nous aurons au moins la satisfaction de voir reconnue l'évidence que la N.C.E. n'est que la reprise, sous un maquis de ruses juridiques, de la défunte Constitution ; tout le gotha européen en a fait l'aveu (cf. La Lettre de l'Indépendance n° 41), et jusqu'à ce député allemand avouant benoîtement : "Pourquoi voulez-vous un autre référendum puisque c'est le même texte ?". Cela ne nous empêche pas d'analyser de près ladite N.C.E., objet du prochain numéro de nos Cahiers de l'Indépendance : il importe que nos lecteurs la connaissent assez pour l'évoquer autour d'eux, en premier lieu auprès de leurs élus, députés ou sénateurs, lesquels s'acharnent à n'en point parler, voire à tout en ignorer à l'heure même où ils s'apprêtent à l'approuver.

On aperçoit des lueurs : au PS, les nonistes relèvent la tête au point que la direction a dû concéder la liberté de vote à ses parlementaires ; à l'UMP, dont les élus s'imaginent ne pas trahir la France parce qu'ils le font en choeur, quelques scrupules surgissent ici ou là, sur lesquels on peut encore tenter d'agir. Si l'on veut obtenir la minorité de blocage des 2/5ème lors de la révision constitutionnelle préalable, il faut casser la course de vitesse sur laquelle compte M. Sarkozy pour mettre tout le monde devant le fait accompli en jouant sur l'ignorance, afin que le processus de ratification mène jusqu'en février et que la France ne soit pas le premier pays à ratifier, ce qui serait un coup de poignard à nos amis souverainistes européens (la Pologne pourrait précéder) ; pendant ce temps, des anicroches peuvent survenir ici ou là - comme en Irlande, où le référendum se présente sous les meilleurs auspices. A nous de dissiper l'énorme mensonge présentant "le mini-traité comme reprenant les points qui ont fait consensus entre les Oui et les Non" ; tel est l'objet d'un appel que M-F. Bechtel, P. Lévy et moi-même lancons ces prochains jours (cf. p. 9), et de l'importante journée du 12 décembre .(1)


Le coup d'Etat permanent

Quoi qu'il en soit, l'affaire dépasse la seule question européenne : le point central est bien l'insulte faite au peuple français par son Président, cela aux yeux de toute l'Europe. L' écoutant tout à l'heure, je songeais à la curieuse phrase qu'il avait prononcée en mars 2005 devant une convention de l'UMP : "Nous n'avons pas le droit de dire Non " : il faut la comprendre au pied de la lettre. En réalité, nous n'avons jamais eu le droit de dire Non à un processus qui dissout notre pays depuis des décennies, en sorte qu'il s'apparente à un coup d'Etat larvé - d'origine en grande partie juridictionnelle. Des professeurs de droit public, tels le recteur Armel Pécheul, Michel Clapié ou Anne-Marie Le Pourhiet (cf. Les Cahiers de l'Indépendance n°4) s'accordent sur cette qualification, la plus grave qui soit. M. Sarkozy en fit d'ailleurs l'aveu à Strasbourg en expliquant devant la conférence des présidents : nous ne pouvons, dit-il en substance, prendre le risque d'un nouveau référendum négatif qui en entraînerait d'autres dans des pays " tangeants " comme la Grande-Bretagne (où les travaillistes ont été élus en promettant de l'organiser, ce que réclament aussi les conservateurs), et condamnerait une fois pour toute le traité. Aveu époustouflant !…

Ce coup d'Etat a des équivalents dans d'autres pays, en Suède ou au Danemark dont les Cours suprêmes ont estimé que la N.C.E. nécessitait une réforme constitutionnelle ; mais les Exécutifs passent outre, le Premier ministre danois M. Rasmussen étant allé jusqu'à anticiper les élections d'un an pour, muni d'une légitimité fraîche, faire passer la forfaiture ; en somme, le "coup" de M. Sarkozy fait école ! On ne saurait mieux dire que le processus de dissolution des nations d'Europe se fait désormais ouvertement contre les peuples. Que la cité reste libre, très vieille querelle depuis Athènes, qui savait déjà que l'empire de Macédoine tuerait la démocratie.

Comme tous les menteurs, M. Sarkozy est le premier à se tromper lui-même, paraissant ne pas voir que son pouvoir se réduit et que ses engagements volontaristes ne pourront être tenus pour la simple raison qu'ils sont incompatibles avec la politique de Bruxelles (on en verra plusieurs exemples dans ce numéro). La conclusion ratée de son discours de Strasbourg annoncait bien des déconvenues : en lançant que la France se remettait au coeur de la construction européenne, il a refroidit d'un coup l'hémicycle, où l'on entend que la France suive et non qu'elle montre le chemin. Ultime illusion de l'illusionniste, qui se croit maître de tout au moment où il remise sa souveraineté dans un super-Etat dans la direction duquel sa voix ne pèsera guère plus de 8%.

Tel sera peut-être le drame de M. Sarkozy, constatant que non seulement l'Europe ne sera jamais une France en grand, acceptant son magistère, son modèle politique, sa diplomatie, sa langue et sa civilisation. L'affaire belge qui voit les partisans de l'unité se réunir autour d'un slogan en anglais, "Belgium needs you", révèle que le plus petit commun dénominateur d'une Europe fédérale ne sera pas le modèle français mais l'américain, ce qui n'est la même chose que dans la culture tout entière télévisuelle de notre inculte Président. Le voyant devant nous rêver seul à la tribune, s'imaginer tout pouvoir alors qu'il ne peut déjà presque plus rien, on voyait aussitôt que, si la France est grande dans le monde elle n'est que très petite en Europe. Province d'un super-Etat illégitime, tatillon sur les petites choses faute de pouvoir accéder aux grandes, et finalement soumis aux pouvoirs de fait, elle pourrait, sans le réveil des patriotes, glisser peu à peu vers une sorte de secrète anarchie, toute parsemée de radars.

 

Paul-Marie Coûteaux

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EDITORIAL

m Dernières nouvelles des Cabris

- De Bagdad à Téhéran : l'alignement
Jean-Paul Bled

- L'entourloupe du traité simplifié
Francis Wurtz

- Contre la Constitution, agissez !

p. 3, 4, 6


m En toute indépendance

- La Pologne
Trois questions à Urszula Krupa

p. 9


m Marchands sans temple

- Les fonds touchent le fond ; l'étau des taux
Pierre Lévy

p. 10


m Langues et civilisations européennes

- Belgique : un avertissement pour l'Europe ?
P.-H. Gendebien - C. Beaudouin

- Danger pour le français : le protocole de Londres
J.-L. Cuisiniez - D. Griesmar

p. 12, 13


m L'Europe aux anciens parapets

- De la réforme intellectuelle et morale
Entretien avec Marie-Françoise Bechtel

p. 15

 


m Chroniques

- Guillaume Peltier
- Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
- Daniel Hamiche
- Michel Debray

p. 8, 9, 13, 14, 18

N°41 - La supercherie

Ce pourrait être un film d'Hitchcock, un roman de Kafka, une tragédie antique : tout se conjugue pour aller au pire, plus vite encore que les acteurs ne le croient.

Il y a d'abord le calendrier, remarquablement mis au point par les oligarchies européennes pour faire ravaler au peuple français son Non de 2005 : une fois achevé le cycle électoral du printemps, il n'a plus droit à la parole pendant de longues années - il n'y aura de référendum ni sur la nouvelle Constitution, ni même, l'obligation constitutionnelle étant à présent remise en cause (cf. p. 8), sur toute nouvelle adhésion à l'UE... Fin juin fut annoncé un prétendu "mini-traité" (alors qu'il fera près de 3 000 pages !) qui, comme l'admettent les partisans de la Constitution Giscard, en reprend tous les points-clés - voir le florilège de ces aveux page 5. Par un lapsus, on apprit que la parade était préparée depuis 18 huit mois en silence, sous la forme de modifications en cascade des traités antérieurs, en sorte que si nous n'avons pas de texte récapitulatif à la Giscard (quelle imprudence : on pouvait le lire et le comprendre !), nous en aurons bel et bien toutes les dispositions-clefs camouflées dans un magma juridique volontairement illisible. A Lisbonne, donc, la Conférence Intergouvernementale n'eut pas de mal à boucler le traité qui sera peut-être signé dès le 19 ou 20 octobre, après quoi la ratification ira bon train, masquée en France par une réforme de la Constitution nationale servant de rideau de fumée, et des municipales auxquelles sont déjà affairés tous les partis quels qu'ils soient. Dans moins de six mois, l'affaire pourrait être entendue et notre Non définitivement escamoté.

Il y a l'incroyable mystification "Sarkozy". Cet homme ment, trompant les Français dans des proportions dont le citoyen moyen, incroyablement crédule, n'a pas idée : aux viticulteurs, il affirme sa volonté, pour sauver le vin français, de "mettre le droit de veto de la France à l'OMC", mensonge époustouflant puisque la France n'y a pas même un siège, n'étant représentée que par un commissaire britannique, M. Mandelson - mais qui le sait ? S'exprimant à la télévision, il se déclare décidé à recourir à "la préférence communautaire" alors que le traité, justement, écarte définitivement toute protection commerciale quelle qu'elle soit. Il prétend lancer une grande politique méditerranéenne alors que les seuls volets utiles, le volet commercial et celui de l'immigration, ne sont plus entre les mains des Etats mais tout entier de l'Union européenne. Il multiplie les diatribes contre la BCE, tout en sachant qu'elle est pleinement indépendante, à quoi il fut toujours favorable, ainsi qu'à sa constante politique de protection du capital et de la rente qui mine les derniers efforts de l'économie française. Autant de diatribes sans effet, et il le sait, puisque son gouvernement a encore moins de pouvoir que celui de Vichy. Son seul but est de donner l'impression qu'il ne s'en laisse pas compter par "l'Europe" alors même qu'il s'y soumet, et que la Constitution privera l'Etat de ses derniers instruments, de la dernière chance de mener une politique quelle qu'elle soit.

Il y a encore l'époustouflant silence médiatique au moment même où les constitutionnalistes en chambre parachèvent le futur traité. Certes, ce qui sortira de Lisbonne sera si enchevêtré, si égaré dans les chapitres, articles et alinéas des cinq traités précédents, qu'il sera difficile de lancer quelque débat que ce soit, et même de repérer les points essentiels : la création d'une présidence de l'Europe, d'autant plus dangereuse qu'elle sera incarnée (par Tony Blair dit-on ?), d'un ministre des Affaires étrangères (sans doute confié à l'ancien Secrétaire général de l'OTAN), d'ambassades européennes bientôt installées dans 118 pays du monde, d'une Charte des droits fondamentaux qui permettra à la Cour de Luxembourg, grande victorieuse de l'affaire (cf. p. 4), de placer sous surveillance toutes les législations nationales, pour ce qu'il en reste encore. Quant au nombre très étendu des décisions prises à la majorité (plus de 70 domaines arrachés donc aux Etats), il sera encore plus large que dans la Constitution Giscard puisqu'il inclura "la gestion des changements climatiques", "les réseaux transeuropéens d'énergie", "la normalisation des documents d'identité" - lesquels seront sans doute en américain, langue de l'Europe. Pendant ce temps, tout est bon pour détourner l'attention publique : tension internationale entretenue par les aboiements du petit militaire sans frontières, actualité sportive surchargée autant qu'il est possible pour distraire le bon peuple, et propagande en tous genres orchestrée par ce que M. Barroso a lui-même appelé "l'empire européen" (cf. p. 3). Mais nous savions bien que souveraineté et démocratie étaient indissociables et que la perte aux trois-quarts de l'une entraînait la ruine de l'autre.

Il y a enfin l'éprouvant silence des porte-parole du Non, de Laurent Fabius tout occupé à se normaliser au PS jusqu'à Jean-Marie Le Pen distribuant cet été d'étonnants satisfecit à M. Sarkozy. Chacun est à sa petite soupe. Quant à ceux qui restent seuls sur le champ de bataille, on n'a nulle peine à faire valoir leur isolement : c'est le drame à l'état pur, quand le dernier combattant s'aperçoit que l'ennemi est plus puissant encore qu'il ne le croyait, et que ceux sur lesquels il comptait, au mieux ont déserté, au pire se laissent prendre par les sortilèges du plus acharné de leurs adversaires.

Non, c'est non !

Nous n'en combattrons pas moins - sûrs que toujours l'Histoire se retourne, que nul ne se joue des peuples impunément et que l'aube pointe tôt ou tard, où les derniers d'aujourd'hui seront les premiers de demain. Fût-elle seule à l'oser, L'Indépendance et son équipe en appellent aux souverainistes de tous les horizons pour ouvrir les yeux sur l'énorme supercherie dont ils sont les victimes. Certes, notre peuple est atteint ; il est désuni ; on le trompe ; il doute. La plupart ont renoncé à toute espérance collective, et chacun se replie sur lui-même. Mais le coeur bat encore. Dans le grand reflux de la civilisation française, de la souveraineté de la nation, de l'autorité de l'Etat et finalement de la politique, les Français se retrouvent plus solitaires que jamais - mais ils sont des millions et des millions, les solitaires de France ! La politique n'est rien d'autre qu'une parole, une volonté, une espérance adressées à ces solitudes.

A-t-on jamais vu un journal organiser une manifestation de rue ? Et bien, nous le verrons le 19 octobre prochain ! Dans le cadre de la campagne "Non, c'est non !" L'Indépendance appelle tous ses lecteurs, tous ses amis et alliés, de quelque horizon qu'ils viennent à se rassembler le 19 octobre : rehaussé par une action spectaculaire sur laquelle on ne peut donner ici nulle information, le rassemblement se fera Place des Victoires - symbole de la victoire du 29 mai, promesse de victoires prochaines : de toutes les victoires de la France, passées et à venir.

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

EDITORIAL

m Dernières nouvelles des Cabris

- Sur la crise des missiles
Jean-Paul Bled

- Non c'est Non

- Quels pays peuvent bloquer la Constitution ?
La Grande-Bretagne ?
Nigel Farage

- La Pologne ?
Hugues Barthélémy


p. 3,, 4, 5


m Une certaine idée de l'Europe et du Monde

- Europe, Etats-Unis, Russie
Jacques Sapir

p. 6


m Marchands sans temple

- 11ème congrès de la Confédération Européenne des Syndicats
Pierre Lévy

- Pour la Préférence Communautaire Agricole
François Lucas

p. 10, 11


m Les souverainissimes

- Jens-Peter Bonde
Philippe de Villiers

p. 19


m Chroniques

- Guillaume Peltier
- Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
- Daniel Hamiche
- Gabriel Matzneff
- Michel Debray

p. 8, 9, 12, 14, 15, 18

N°40 - Mémorandum : Ce que contient la Constitution remaquillée

Une Constitution remaquillée est toujours une Constitution. Bon connaisseur du débat institutionnel européen, M. Bourlanges s'émerveille du " traité modificatif " adopté le 23 aux petites heures : " Toute la Constitution est là ! Il n'y manque rien ! " ; et le Monde (24 et 25 juin) peut titrer : " Les symboles disparaissent, le fond reste ". Quelques jours après la fin du cycle électoral privant les Français de toute expression nationale avant longtemps, le sommet n'avait d'autre but que de reprendre le texte rejeté en 2005 en le remaquillant assez pour éviter un nouveau référendum. La manœuvre a donc réussi.

Je mets en garde les Français : ne nous laissons pas abuser par les malicieuses déclarations des partisans les plus acharnés de la supranationalité qui font mine de regretter la Constitution, ici quelques mots, là quelques symboles, ni par une presse dupée par le maquillage, qui évoque une victoire diplomatique de M. Sarkozy, comme si la France qui a dit Non sortait victorieuse de l'épreuve : en réalité les nonistes sont refaits, ce que montre toute étude précise dudit "compromis" et de ses cinq points-clefs :

1-Personnalité juridique accordée à l'Union : point cardinal du fédéralisme qui permettait au texte Giscard de s'intituler Constitution, il est repris tel quel, certes discrètement. A lui seul, il crée en effet un nouvel Etat qui peut désormais être reconnu comme tel sur la scène internationale, ce qui permet de parler de nouveau de Constitution.

2-Présidence stable de l'Union : si ce traité était ratifié, l'Union se trouverait aussitôt placée sous l'autorité d'un Président, réputé "stable" en raison d'un mandat allongé - de six mois à deux ans et demi, et vraisemblablement porté ensuite à 5 ans comme le mandat parlementaire européen. Surtout, ce Président est désormais indépendant de tout Etat - alors qu'il était auparavant un chef de gouvernement en exercice ; il sera doté dune autorité propre, ainsi que d'un secrétariat, puis d'un cabinet, etc... Gageons que cet instrument supranational se révèlera d'autant plus efficace que, la différence des autres institutions, il sera incarné…

3-Haut Représentant pour la politique étrangère : comme l'a avoué imprudemment Nicolas Sarkozy lors de son allocution télévisée du 20 juin, c'est un "ministre des relations extérieures sans le nom" ; mais, à l'instar du texte Giscard, il sera dès 2009 vice-président de la Commission, ce qui lui donnera un grand poids auprès des autres Commissaires, et se verra doté d'un "service diplomatique" - en clair d'ambassades, les quelque 120 actuels bureaux de l'Union dans les capitales étrangères étant débaptisées et étoffées, leurs agents bénéficiant (grâce à la personnalité juridique) d'immunités et privilèges diplomatiques. A terme, lorsque ce super-ministère aura pris son allure et son poids, les ministères nationaux seront marginalisés, ce que symbolise déjà la délocalisation du Quai d'Orsay annoncée par M. Kouchner. Quant à la référence à l'OTAN, elle peut disparaître puisque le nouveau texte renvoie explicitement au traité de Maestricht, dont le titre V fixait que "Les Etats veillent à la conformité de leurs politiques nationales avec les positions communes" (art. J-2), et précisait que celles-ci devaient être compatibles avec "les cadres de l'OTAN". A la politique étrangère commune, il manquait un instrument : le voici.

4- Décisions à la majorité qualifiée. Quel que soit le mode d'adoption (système de Nice ou système appliqué partir de 2014), l'essentiel est que le cercle des questions échappant à l'unanimité s'élargisse considérablement ; outre les affaires communautaires (politique agricole, commerciale, douanière et, surtout, industrielle - dite "de concurrence", où la commission est pleinement compétente), il inclut quarante nouveaux domaines, les uns d'ordre économique (marché intérieur, énergie, recherche, politique sociale "partagée" avec les Etats) et d'autres plus régaliens : coopération judiciaire en matière pénale, porte ouverte au Parquet européen, et coopération policière, amorce d'une "police fédérale" . Désormais, la compétence de l'Union concerne quelque 70 domaines, soit l'essentiel des décisions et de la responsabilité politique - manquent encore la culture, l'éducation…

Schéma fédéral classique, d'autant que le compromis de Luxembourg permettant à un Etat d'invoquer ses intérêts vitaux, dont le candidat Sarkozy avait fait grand cas au cours de sa campagne, n'apparaît plus : une décision adoptée à la majorité s'appliquera dans tous les cas, et même un Etat qui n'y est pas favorable devra le mettre en œuvre sous peine de sanctions. Régime de fer, dont plusieurs Etats s'exemptent : la Grande-Bretagne, l'Irlande et le Danemark ; pas la France.

5-Charte des droits fondamentaux. Elle s'applique désormais de droit (sauf pour la Grande-Bretagne, qui jouit d'une dérogation) ; non reprise in extenso, elle fait cependant l'objet d'une référence dans le texte, ce qui en droit revient au même - d'autant que le droit est ici interprété par la très supranationale Cour de Luxembourg. Ses dispositions justifient les critiques que nous avions développées en 2005 : comment admettre par exemple le droit pour tout citoyen de saisir la Cour européenne des Droits de l'Homme aux fins de condamner un Etat pour non respect de principes très généraux - tel celui de l'égalité, qui inspire déjà la reconnaissance de l'homoparentalité ou du mariage homosexuel, ou celui de la liberté religieuse contre un Etat appliquant une législation laïque - telle la loi sur le voile ? (1)

Il n'est pas question d'accepter un tel traité ; contrairement à ce que prétend une propagande bien orchestrée, les concessions aux souverainistes n'en sont pas. Certes, ne figurent plus les symboles de l'Union, drapeau, hymne et devise ; mais ils ont déjà été adoptés en Conseil et s'imposent sans qu'il soit besoin de les rappeler. Il en va ainsi de l'ancien art.6 du texte Giscard posant la supériorité de la norme européenne sur la loi nationale : si celle-ci ne figure plus dans le traité proprement dit, il y est cependant renvoyé explicitement dans une déclaration additionnelle, qui elle-même rappelle la jurisprudence de la Cour de Justice, ce qui revient au même. D'ores et déjà, outre les juges de Luxembourg, toutes les juridictions nationales admettent la supériorité du droit européen, écartant lois françaises, principes et dispositions constitutionnels chaque fois qu'ils entrent en contradiction avec une norme européenne. De même, c'est une escroquerie intellectuelle de prétendre, comme le fait M. Sarkozy, que le principe de "concurrence libre et non faussée" a disparu du traité, puisque celui-ci renvoie à un protocole additionnel qui le proclame, et le présente même comme un "instrument politique majeur" au service des objectifs du nouveau traité - la gauche semble n'y voir que du feu. Habiletés qui sont autant d'escroqueries morales, la pire étant de nommer traité simplifié un texte qui crée juridiquement un Etat et lui attribue de nombreuses compétences: il s'agit bien d'une Constitution, moins ronflante que le texte Giscard et d'autant plus habile

Il y a deux ans, les supranationaux étaient décontenancés par le double non français et hollandais ; nous savions qu'ils chercheraient une parade. Elle fut simple et terrible : le problème venant de la France, c'est elle et ses Français qu'il fallait circonvenir ; pour les oligarchies européennes, il aura suffit d'attendre l'élection présidentielle et de trouver un homme assez rusé pour s'imposer, avec leur aide, et capable, une fois doté d'une fraîche légitimité d'annihiler en leur nom le Non des Français : la supercherie a parfaitement fonctionné. Restait à faire quelques concessions aux récalcitrants : un plus long délai pour la consultation des parlements nationaux, à la demande des Pays-Bas (et de partis danois) ; la prolongation pendant dix ans d'un système de pondération des voix qui avantage beaucoup une Pologne qui, elle, s'est bien battue - essuyant des quolibets innombrables : on moqua une phrase de son Président rappelant que, sans l'agression allemande de 1939, la Pologne aurait aujourd'hui quelque vingt millions d'habitants supplémentaires : un pays qui en détruit un autre peut-il, soixante ans plus tard, arguer de sa faiblesse pour le faire taire ? Il est vrai que l'habitude est désormais installée de tourner en dérision tout pays qui prétendra affirmer ses droits et ses principes.

Il y a quelque chose d'insupportable dans l'actuelle fanfaronnade de M. Sarkozy assurant que "en un mois et demi, il s'est passé plus de choses qu'en deux ans", ce qui est vrai : il s'est passé ceci que la France a été trahie par un ensorceleur qu'elle a pour son malheur placé à sa tête et qui peut désormais parler en son nom. Ceux qui, en votant pour M. Sarkozy ont permis cette supercherie portent une lourde responsabilité devant notre histoire.

J'appelle solennellement les Français qui ont dit Non à déjouer les propagandes - d'abord pour eux-mêmes ; je les appelle à étudier de près les informations qui filtreront de la prochaine Conférence Intergouvernementale et le texte définitif signé en octobre ; je les appelle à se mobiliser pour exiger que sa ratification soit soumise à référendum ; je les appelle à exiger pour la France un statut à tout le moins comparable à celui de la Grande-Bretagne, et des protections pour les droits, les principes et les intérêts de la France et des Français - et d'abord le respect de la démocratie, c'est-à-dire de la souveraineté populaire, dont on ne voit que trop qu'elle disparaît avec la souveraineté nationale ; je les appelle à agir sur les partis ou les solidarités diverses qui peuvent permettre de faire barrage lors du Congrès qui devra modifier une nouvelle fois notre Constitution ; je les appelle à manifester les troisièmes vendredis de chaque mois, à compter du 19 octobre, quelles que soient leurs opinions ou leurs inclinations, pourvu qu'ils soient attachés à la survie de la France comme Nation libre parmi les Nations du monde.

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

EDITORIAL

m Dernières nouvelles des Cabris

- Le Plan Merkel

- La revanche du Oui
Jean-Paul Bled

- Charles Quint en jupons
Bernard Dufour

- Le gouvernement des Pays-Bas tente de résister
Patrick Pommier

- L'Europe du Comte de Paris

- 50 ans de destruction de la démocratie
K-A. Schachtschneider

p. 2, 3,, 4, 5


m Une certaine idée de l'Europe et du Monde

- L'Oncle Sam, premier conseiller
Armelle Chapalain

- L'Europe vassale : la preuve par les missiles

p. 6, 7


m Marchands sans temple

- Les relations U.E.-E.U. dans un transat

- Scènes de casse en Bavière
Pierre Lévy

- Deux erreurs sur l'euro
Romain Rochas

p. 10, 11


m Langues et civilisations

- "Résister tous les jours"
Entretien avec Philippe Séguin (Extraits)

p. 12


m L'Europe aux anciens parapets

- Malaise européen : que dit et peut faire la psychanalyse ?
Véronique Hervouët

- De la réforme intellectuelle et morale
Thibaud Pierre de Bernis et Ludovic Greiling

p. 14, 15


m Chroniques

- Daniel Hamiche
- Louis Meyriac
- Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
- Michel Debray
- Alain Bournazel

p. 6, 8, 9, 13, 18, 19

N°39 - Adoubé par l'Allemagne

Que tout aille vers le pire, on s'y est habitué ; mais si vite, cela donne le vertige ! Aussitôt élu, le nouveau Président de la République partit donc au large de Malte pour " habiter " sa fonction dans la conception qu'il en a, c'est à dire sur un yacht prêté par un magnat de ses amis. Quand à l'investiture, la poignée de mains aux anciens combattants sous l'arc de triomphe ne fut qu'une formalité, la descente des Champs Elysées un vieux folklore vaguement provincial : aussitôt, il s'envola pour Berlin et reçut de la Kaiserin Angela l'onction du saint Chrème ; à quoi d'autre servit l'escapade germanique du premier jour ? Voici, comme aux temps du saint Empire, le Président adoubé en Allemagne...

L'instinct de vassalité

Une providence facétieuse a voulu que la présidence de l'Union européenne soit en cette circonstance dévolue à l'Allemagne. Eloquent symbole : L'instinct de vassalité dont témoigne M. Sarkozy rappelle les grandes heures de l'Empire central dont la France consentit tant d'efforts pour se défaire depuis les Othon et les Habsbourg, puis d'autres. Las ! Comme il arrive souvent, le symbole ne fait que cacher une réalité : le nouveau Président a d'ores et déjà consenti au nouveau traité " européen ", qui, prudemment, ne sera pas constitutionnel par son nom mais qui le sera dans son contenu, traité que la même Mme Merkel concocte depuis des mois attendant patiemment que les Français du "Non" placent à la tête un homme qui, paré d'une toute neuve légitimité, dise "Oui" à leur place. C'est fait ; l'Allemagne triomphe, et l'on ne parle plus à Paris que de sortir l'Europe de " l'impasse ", pour reprendre les termes des nouveaux responsables français des affaires européennes, MM. Kouchner et Jouyet - deux socialistes, curieusement, et, surtout, deux fédéralistes convaincus. Mais tel est depuis toujours celui qui, alors président de l'UMP, proclamait lors de la campagne référendaire : " on n'a pas le droit de dire Non " et qui, tant sont distraits ou malléables les Français, est depuis lors devenu Président de la République…

Ah, certes, les " nonistes " étourdis qui ont accordé leurs suffrages à Nicolas Sarkozy, et ceux qui les ont appelé à le faire, portent une lourde responsabilité. C'est avec leurs voix que M. Sarkozy négocie le compromis qui ne manquera pas d'éclore lors du Sommet européen des 21 et 22 juin. Certes, on prendra la précaution de débarrasser le texte des symboles les plus voyants de la supranationalité, le ministre des Affaires étrangères de la Constitution Giscard sera "Secrétaire aux Affaires étrangères", l'article sur les symboles de l'UE, hymne et drapeau, disparaîtra comme déjà superflu ; certes, le texte sera court ne comportant que les dispositions essentielles d'un ensemble fédéral, soit le principe des décisions prises à la majorité qualifiée et la supériorité du droit bruxellois sur toute norme nationale ; certes le titre II (dit "Charte des droits fondamentaux") ne sera qu'optionnel pour certains de ses articles, et, quant au titre III sur les politiques économiques et sociales, il sera ensuite facile à adopter par les mécanismes supranationaux ainsi mis en place (voir nos dernières informations pages 2, 3 et 4).

Telles sont, à ce que les parlementaires européens peuvent aujourd'hui apercevoir, les grandes lignes du texte qui sera adopté au Conseil de juin, mis au point lors d'une rapide Conférence Intergouvernementale (CIG) réunie sous présidence portugaise, et finalement signé avant la fin de l'année, vraisemblablement à Lisbonne. Viendra alors, au 1er janvier prochain, la présidence française et l'on ne doute pas que nos parlementaires auront à coeur de montrer l'exemple en autorisant parmi les premiers sa ratification. Le scénario est en place et il est d'autant plus prévisible que Nicolas Sarkozy l'a annoncé depuis un an, ne faisant que prendre la précaution de dire, lors du débat télévisé le confrontant à Mme Royal, qu'il n'y aura pas de Constitution européenne - ce qui est vrai dans la forme mais faux quant au fond, et tient de la ruse verbale de haut vol (comme un certain "Je vous ai compris" du général de Gaulle...). Du moins les électeurs de M. Sarkozy ne pourront pas dire qu'ils n'étaient pas prévenus !

Un avenir radieux

Tout n'est pas joué pour autant, sinon à court du moins à moyen terme. Si le nouveau Président français a magistralement compris qu'il ne serait élu qu'en captant les voix de la droite nationale, ce sur quoi il se trouva contraint d'insister en fin de campagne par la vive concurrence de M. Bayrou, et si, ce faisant, il priva ladite droite de la moitié de ses voix, les masques semblent vite tomber : la composition des " équipes " le confirme, tandis qu'on pavoise, à Bruxelles, Berlin et Washington en célébrant la "normalité retrouvée" de la politique française. Mais, en oubliant déjà son aile nationale, en multipliant les signaux à son antipode, cette "gogoche" mondialisée que symbolise M. Kouchner (qui fut l'un des rares partisans en France de l'invasion de l'Irak, et de l'entrée de la Turquie dans l'UE), M. Sarkozy prend de gros risques.

Le paradoxe du jour est en effet lourd d'orages ; à la faveur du débat présidentiel, l'hégémonie intellectuelle qui s'installa dans les années 70 dans la foulée de 68, et qui a duré trente longues années, fut une bonne fois pulvérisée, comme le 29 mai 2005 en avait déjà donné le signal : on peut de nouveau parler de nation, d'autorité, de discipline, et de ce qu'il est convenu d'appeler " l'identité ", c'est-à-dire la volonté pour la France de rester ce qu'elle est, un Etat souverain, une nation à la voix indépendante, une civilisation singulière. Mais, après avoir si bien paru épouser cette cause, M. Sarkozy a ouvert les vannes à de puissantes eaux sur lesquelles, Union européenne oblige, il ne pourra surfer longtemps ; elles pourraient bientôt le déborder largement sur la droite : les souverainistes auront alors beaucoup d'eau sous la coque - et cela d'autant plus vite que tout montre déjà, trois semaines après son élection, que M. Sarkozy n'a guère compris " la rupture " tant promise aux gogos autrement que dans le style : finie la solennité de la République, dépassés les rites et les emblèmes de la France, réduite au rang de province ! Désormais, nos as de la gouvernance font du jogging !

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

EDITORIAL

m Dernières nouvelles des Cabris

- Citoyens à vos plumes,
Christophe Beaudouin


- Quand l'Allemagne impose une constitution
Yvonne Bollmann

- Le traité de Rome est supra national
Michel Clapié

- Sortir de l'Union Européenne
Jean-Paul Bled et Alain Bournazel

-Sortir de tant d'impasses
Philippe de Villiers








N°38 - Rome ? Mission accomplie !

"On ne comprend plus la France. Ce sont les Français qui ont bloqué le processus constitutionnel mais ce sont ses ministres qui se montrent les plus acharnés pour le relancer ! Et maintenant vos sondages ne donnent de chances qu'à des tenants du oui !" Que répondre à ce député suédois, sinon qu'atteint un paroxysme l'opposition entre le pays légal et le pays réel ? Situation emblématique de l'état de notre système de représentation, de notre démocratie, et du lent détricottage de ce qui fit la France : à mesure que s'affaisse la souveraineté, la légitimité s'étiole, avec elle l'autorité politique, le respect des lois, finalement l'ordre public ; en retour, à mesure que le pouvoir légitime s'affaiblit au bénéfice des puissances de fait, il ne se trouve plus d'autorité pour défendre la souveraineté nationale et popuplaire ; dans ce cercle vicieux s'abandonne la République française, notre Royaume de France.

Point fort devenu notre point faible, la souveraineté est dans la ligne de mire : sonnées pendant plus d'un an par le référendum du 29 mai 2005, les oligarchies européennes sont reparties à la charge sous présidence allemande, pour imposer à la France, par quelque voie que ce soit, la désastreuse signature par laquelle elle renoncera au cadre national, c'est-à-dire à la démocratie, au Bien commun, finalement à sa politique, et à la politique tout court. Cette relance brutale bénéficie d'une circonstance de choix, propice à toutes les propagandes, le 50ème anniversaire du Traité de Rome, célébré les 24 et 25 mars dans les flonflons de Berlin.

Rome-Berlin, vieil axe ! Il symbolise à merveille la permanence des forces qui n'ont jamais admis l'Europe dans sa complexion particulière, pourtant celle que donne le Robert : une collection de nations. Ce qui prétendit se construire par le droit à Rome en 1957 ne fit que traduire l'obsession qu'ont poursuivie tout au long du XXème siècle les oligarchies européennes : faire disparaître les nations, c'est-à-dire les peuples et avec eux les droits politiques, économiques, sociaux, éducatifs et culturels acquis dans leurs cadres. Depuis un siècle, et la mode des " Internationales ", ce n'est pour les prétendue élites qu'une longue fuite de soi, et de leurs peuples, pour rejoindre un Empire quel qu'il soit, russe, allemand ou américain. On se souvient du fameux "Le temps des patries est fini" lancé en 1921 par Drieu, emblématique personnage qui commença par "mettre tous ses espoirs dans l'Amérique" puis de les mettre dans l'Allemagne nazie et finalement dans la Russie soviétique à laquelle il confia ses derniers rêves, avant un suicide lui-même emblématique…

Or, la vieille Europe est la seule Europe - tant il est vrai que les peuples pas plus que les hommes ne se changent. C'est l'Europe, ses traditions et ses principes, religieux, philosophiques, moraux ou politiques, qu'on liquide sou nos yeux ; c'est l'Europe qu'ont trahi en 1957 le franco-américain Jean Monnet, patron de la banque de San Francisco " Bankamerica-Blair " et cette kyrielle d'atlantistes obeïssant aux lubies d'un Rockefeller sur " l'ère de l'unité mondiale " (1945), ou du sénateur américain Paul Warburg répétant : "Qu'on le veuille ou non, nous aurons un gouvernement mondial. Si ce n'est pas consentement, ce sera pas la force" ; c'est l'Europe que paralysent les mécanismes mis au poinst à Rome (à commencer par la Commission de Bruxelles et la Cour européenne de Luxembourg) aux fins de mélanger les peuples " comme on fait une purée de marrons " selon la savoureuse expression d'un de Gaulle qui n'accepta le Traité que pour honorer l'engagement de la France ; il échoua finalement à lui donner sa seule subtance concevable, la préférence européenne, c'est à dire un protectionisme organisé, doublé d'une politique industrielle, agricole et culturelle commune, Europe raisonnable dont on ne cessa de s'éloigner avec " l'acte unique " de 1986, le traité de Maastricht de 1992, celui d'Amsterdam en 1997, et finalement l'apothéose, la Constitution unique !

Cette ultime bataillle constitutionnelle sera la plus acharnée - des deux côtés - en ce qu'elle bouclera ou au contraire déjouera la mécanique engagée voici un demi-siècle, dont Michel Clapié rappelle l'origine bel et bien supranationale, et dont un parti au moins, le RIF (Rassemblement pour l'Indépendance et la Souveraineté de la France) vient de réclamer que, après 50 ans d'errements, la France se délivre. Bataille gagnée ou perdue ici et maintenant, en France, épicentre de la résistance des nations (comme le rappelent nos collègues du groupe ID, qui nous aident à lancer la campagne " NON C'EST NON " dont on trouvera ici les détails). Bataille rude, mais point perdue. Les européistes qui pavoisent à Berlin sont victimes de leur succès : l'Europe sort de l'histoire ; réduite à des principautés sans souveraineté, donc sans dimension politique, et sans défense (même au sens propre, celui de l'OTAN), elle est la zone économique du monde au plus faible taux de croissance, la moins protégée des concurrences étrangères comme de l'immigration de masse, tandis que ses jeunesses sont décollées de leurs racines pour être reformatées sur le modèle américain (il est significatif qu'on ne parle plus qu'américain dans les instances dites européennes) ; voici "la 51ème étoile du drapeau américain" pour reprendre le titre d'un ouvrage de Philippe de Villiers. Rome ? Mission accomplie !

Mais l'histoire continue : l'Empire perd sa force et son prestige, immenses en 57, mais désormais menacés l'un et l'autre ; les peuples, prévenus contre la propagande supranationale ou mondialiste qui les agglomèrent dans l'immense nasse des consommateurs mondiaux, bronchent de tous côtés : que le double "non" français (en 2003 sur l'Irak, en 2005 à la Constitution) soit pour tous le môle de la résistance, et de la lutte sans cesse recommencée pour l'Indépendance !

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

EDITORIAL

m Dernières nouvelles des Cabris

- De l'Europe à l'euro-atlantisme
Jean-Paul Bled

- L'Arménie, la France et l'Europe
reportage de Salsa Bertin

- Etre Chrétien en Turquie
Fortunato Maresia

- "Les anti-fédéralistes sont des chiens"
Christophe Beaudouin

p. 3, 4, 5, 6


m Marchands sans temple

- Pierre Lévy

p. 10


m Langues et civilisations

- "Pour un véritable multilinguisme en Europe"
Entretien avec Anna-Maria Campogrande

p. 12


m Une certaine idée de l'Europe et du Monde

- La réforme intellectuelle et morale
Revue des revues : Politique Magazine
Entretien avec Benoît Gousseau

p. 14


m Les souverainissimes

- "Il faut terminer le travail du 29 mai 2005"
Philippe de Villiers

- Patrick Louis à Madrid pour défendre le Non du peuple français

p. 19


m Chroniques

- Guillaume Peltier
- Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint-Robert
- Gabriel Matzneff
- Daniel Hamiche
- Michel Debray
- Nicolas Dupont-Aignan

p. 8, 9, 13, 14, 15, 18, 19


m Les Cahiers de l'Indépendance

- Extrait de "Une voix venue du fond des siècles"
Jean-Gérard Lapacherie

p. 13

N°37 - L'Europe armure

Voici donc revenus les rois thaumaturges : l'une touche le paralytique comme aux temps lointains le doigt royal guerrissait les écrouelles, l'autre promet à une brave citoyenne de rembourser ses dispendieuses lunettes, tandis qu'un prétendu " troisième homme " fait assaut de proximité ; chacun se précipite à Toulouse pour combler de bonnes paroles les milliers de travailleurs d'Airbus que leur incurie a mis à pied, tout ce petit monde férocement ouiouiste communiant dans une sorte de France d'après l'Europe, ou d'après l'Histoire, où, réduite à une sorte de vaste région allant du Rhin à l'Atlantique, elle n'aurait plus droit au chapître révolu des grandes affaires. Aura-t-on le cœur à rappeler que le président de la Vème République a justement pour fonction de se mêler desdites affaires, c'est à dire d'assurer non la gestion mais le cadre même de l'action publique ? Qu'il a d'abord celle de veiller au bon fonctionnement des pouvoirs publics, c'est à dire, au premier chef, à l'autorité de l'Etat, laquelle n'a guère ses chances quand l'Etat en question n'est plus qu'un exécutant trainé devant un tribunal international quand il n'exécute pas (au cours des dix dernières années, la Commission a saisi 418 fois la Cour Européenne de Justice pour y faire condamner la France) ? Qu'il lui incombe d'incarner l'unité nationale, mission devenue impossible quand le peuple s'effiloche et que le Système ne veut connaître que des oligarques décidés à dire oui là où il a dit non - un non qui fut peut-être le dernier souffle de l'unité ? Bref, le programme est dans la fonction, laquelle se résume dans la souveraineté : exercice certes délicat quand ladite souveraineté est interdite, en sorte qu'il reste à la politique ce que l'onguent est aux lésions cancéreuses, misérable palliatif que M. de Villiers nomme justement la " politique compassionnelle ". Va donc pour le remboursement des lunettes…

A moins de choisir une potiche pour faire semblant, parmi les mots perdus, les comédies et les brumes, de présider à l'a-république, le seul sujet de l'heure est la souveraineté, et donc l'Europe dont la souveraineté dépend presque toute entière. Est-elle capable de prolonger l'action des Etats, en renforçant leur capacité d'action intérieure et extérieure (notemment en matière de politique agricole, industrielle ou commerciale) ou bien doit elletout au contraire les paralyser au nom d'une République européenne mais au bénéfice d'une Oligarchie Centrale qui cache mal toutes les autres ? Heureux hasard, le grand anniversaire du traité de Rome coïncide, à la fin de ce mois, avec le lancement de la campagne véritable, laquelle trouvera ainsi, peutêtre, une chance de devenir sérieuse : l'heure est donc venue de dire l'Europe que nous voulons.

Du traité de Rome lui-même, nous traiterons dans un numéro spécial de la Lettre de l'Indépendance publiée à l'occasion du 25 mars : observons pour l'heure que, bien que cela ne suffise pas à le sauver à nos yeux, il permit l'édiction de la seule mesure capable de protéger notre tissu économique : la préférence communautaire. Certes, celle-ci ne concerna que l'agriculture, et ne tarda pas à s'effilocher sous les coups de butoir de l'OMC et des divers relais du mondialisme avant de disparaître dans les années 90 ; il reste que, devant les urgences de la désertion des campagnes et de la déindustrialisation, l'ultime pari à tenter est de proposer à nos voisins un système de préférences généralisées, qui comprenne, outre l'agriculture, les industries réputées les plus sensibles, à quoi devraient s'ajouter les productions audiovisuelles : que les Européens s'achètent entre eux ce qu'ils produisent et ce qu'ils créent, ou l'Europe ne signifira bientôt plus rien.

Qui le voudra ? Il faudrait, pour commencer, que la France se dégage des dogmes de l'infernal libre-échange qui ruine paysans et travailleurs européens autant qu'il maintient dans la misère des pays qui n'attirent des capitaux qu'en raison de leur bas salaires ; et que, ne pouvant se protéger seule, elle trouve un nombre suffisant de partenaires pour parvenir à cet effet d'armure qui, à la fois offensif et défensif, est la seule façon de contre-attaquer. Hélas, dans un continent qui a perdu tous ses reflexes, celui de se protéger paraît de moins en moins naturel : le pari est donc des plus aléatoires, suspendu à des urgences ou des crises sociales qu'un enchevêtrement de cautères, c'est à dire la dépense publique, parvient à repousser sans cesse. Il reste que la préférence communautaire est la pierre de touche de toute Europe raisonnable, la condition d'une mise en place d'une politique industrielle, et, en amont d'une politique de la recherche, l'une et l'autre confiées à des " agences de projets " bien plus nécessaires que le juridisme paralysant des " super-états ". foin des architectures : des coopérations scientifiques et industrielles ! Foin des lois supranationales : des partenariats à géométrie variable, relayant les efforts des Etats au lieu de tenter de les réduire ! Cinquante années d'expérience ont abondemment montré qu'il n'existe pas d'autre intérêt européen commun que celui des coopérations, qu'il n'existe pas de " République européenne " transcendentale, chaque Etat restant farouchement attaché à ses intérêts propres et par domaine permanents.

S'il fallait une preuve que perdurent les prismes des Etats la politique de l'Allemagne la fournirait ces temps-ci d'abondance ; L'affaire d'EADS, a montré à nos esprits simples combien les Etats demeurent des monstres froids : ce n'est certes pas son savoir-faire dans la machine outil que l'Allemagne a partagé, mais l'excellence française dans l'aéronautique, domaine où, partie de rien (nulle industrie aéronautique allemande il y a vingt ans), elle est parvenue à tirer vers elle la majeure partie du programme Airbus, la France engloutissant dans le même temps quelques uns de ses plus beaux fleurons et des milliers d'emplois dans un consortium réalisé sur le mode fusionnel, dont la langue de travail est l'anglais et le siège aux Pays-Bas. Toute personne attachée aux affaire publiques devrait lire séance tenante, l'incroyable récit que, dans le n°2 des Cahiers de l'Indépendance (1), le général Pierre-Marie Gallois fait de cette bérézina ô combien emblématique. On verra ce qu'aurait pu et pourrait encore faire l'idée européenne. On verra aussi l'inanité de son rêve ultime, supprimer les interêts nationaux.

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1) " Les Cahiers de l'Indépendance ", trimestriels, sont en vente sur abonnement (50euros) au 51, rue de Paradis 75010 Paris ; à noter qu'un abonnement permet ispo facto de recevoir la Lettre, et que, pour tout abonnement reçu avant avril (parution du n°3), les deux premiers numéros seront livrés.

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

EDITORIAL

m Dernières nouvelles des Cabris

- Vers une communauté atlantique ?

- La Slovaquie, mouton rose de l'U.E.
reportage de Pierre Lévy

p. 2, 5


m Une certaine idée de l'Europe et du Monde

- Benoît XVI et la Turquie
Entretien avec Annie Laurent

- La réforme intellectuelle et morale
Revue des revues : Les Epées - Entretien avec David Foubert

p. 7, 9


m Marchands sans temple

- Cuisines et dépendances
Christophe Beaudouin

p. 11


m Langues et civilisations

- "Le Saint-Empire, précurseur de l'U.E."
Entretien avec Jean-Christian Petitfils

p. 12


m L'Europe aux anciens parapets

- Si vis bellum para communicationem
Entretien avec Jacques Myard

p. 14


m Les souverainissimes

- Sortir de l'euro ou de l'U.E. ?
Alain Bournazel

- La Preuve ou la Promesse
Philippe de Villiers

p. 19


m Chroniques

- Daniel Hamiche
- Guillaume Peltier
- Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
- Gabriel Matzneff
- Michel Debray
- Nicolas Dupont-Aignan

p. 7, 8, 9, 13, 17, 18, 19


m Les Cahiers de l'Indépendance

- Extrait de l'entretien avec Maxime Tandonnet

p. 17

N°36 - Le Diktat

Ecoutant à Strasbourg, ce mercredi 17, Mme Angela Merkel déroulant son programme devant le Parlement européen, on s'émerveillait devant la constance du jeu des nations, en particulier celui de l'impérieuse Allemagne ; ce pays a le fédéralisme dans le sang, et veut une fois de plus l'imposer à toute l'Europe. Oubliés les référendums français et hollandais : l'Allemagne entreprend bonnement de faire avaler tel quel l'ancien projet de Constitution européenne à tous les peuples de l'Europe, qu'ils l'acceptent ou non. Ce diktat est d'autant plus impérieux que, retour de Washington, Mme Merkel est assurée du soutien américain et donc de celui des oligarchies européennes ; et voilà qu'elle se prévaut même de " l'effacement en France du mouvement des non ", comme l'a dit sans plus de détours son ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier - à quoi les souverainistes ne prêtent que trop facilement le flanc par leur dispersion, et l'épouvantable manie qu'ont la plupart de mêler de très secondaires préoccupations au combat principal, celui de la liberté nationale, dont dépendent pourtant toutes les affaires publiques.

C'est hélas l'évidence que les "non" de 2005 ne parviennent pas à transformer leur victoire en mouvement politique, contrairement à ce qui se produit en Grande Bretagne et aux Pays-Bas. Il faut dire que le Système, aux abois depuis le 29 mai, a réussi un tour de passe-passe admirable : depuis plus d'un an, la nomenclature politique, financière et médiatique française s'est arrangée pour restreindre le choix des électeurs à deux seuls candidats ouiouistes. Tout est ficelé : déjà, lors du sommet franco-allemand de juin dernier, Jacques Chirac a donné à ladite Angela carte blanche pour relancer la Constitution ; quelques mois plus tard, M. Sarkozy déclarait à Bruxelles que l'essentiel de la Constitution (le titre I, par lequel peut passer tout le reste), pourrait être adopté par la voie parlementaire, coup d'Etat légal dont on a vu des précédents dans notre histoire. Face, ou plutôt à coté dudit " Sarko ", " Ségo " reste bien vague sur ce sujet comme sur tant d'autres. En réalité, le parti unique UMPS s'est tout entier voué à l'effacement de la France, ce que ne peut plus empêcher désormais qu'un vaste rassemblement national et populaire. Mais les têtes sont dures ! Depuis plus de deux siècles, les oligarchies de tous ordres ont réussi à faire croire aux Français que la politique consistait à choisir entre droite et gauche : la césure existe certes mais, pour profonde qu'elle demeure, elle est secondaire face à celle qui traverse et surplombe toute notre histoire depuis ses origines : d'un coté, le parti de l'abandon et de la soumission aux oligarchies, qu'elles soient intérieures ou extérieures ; d'un autre, le parti de la liberté du Peuple-Nation, traduite en un Bien Commun que met en œuvre un Etat, son autorité, sa légitimité, sa souveraineté.

Vers un grand parti national

Pour dissoudre le peuple, il restait, après l'avoir plongé dans le mélangisme général et corrompu ses traditions, à dissoudre les élections : une fois supprimé le référendum, il reste à supprimer les présidentielles, ce qui est déjà fait s'agissant du premier tour (puisque nous sommes installés depuis des mois dans un perpétuel second tour programmé), et à plus retenir que deux protagonistes voués chacun à sa manière, "sociale" ou "libérale", à l'effacement de la nation. Les démocrates abolissent ainsi les consultations électorales les unes après les autres, transformant ce qu'il en reste en une sorte de prix du Président de la République qui sonne aujourd'hui comme la dernière trouvaille de la Française des Jeux. Tout cela confirme au passage ce que nous écrivons depuis des lunes : l'Union européenne sera anti-démocratique et anti-populaire ou ne sera pas.

Face à cela, nous devons regarder comme un devoir impérieux de créer un grand mouvement pour la France, ce parti national que la France trouva toujours dans les heures sombres pour la sauver et la servir. Face au véritable coup d'Etat à parfum germanique que serait l'adoption par voix parlementaire d'une Constitution européenne qui revient à abolir la Constitution française, il n'est plus temps de nous perdre en querelles. L'heure approche où les Français se rendront compte enfin que la question politique ne consiste pas à chercher quel contenu nous pouvons donner au gouvernement de la France mais s'il y a place à un gouvernement de la France. Est-il bien raisonnable d'attacher si grande importance au chef d'un Etat dépouillé de quasi-toute souveraineté, réduit à des apparences d'autant plus insupportables qu'elles sont fallacieuses, et noyé sous un amoncellement d'organismes ou d'administrations dépourvus de véritable autorité hormis les contrôles de la vitesse sur les routes et la fumée de tabac dans les lieux publics. Personne ne se demande s'il est raisonnable de s'intéresser à un " Pouvoir " dont les ministres passent leur temps en d'incessants aller-retour à Bruxelles pour prendre des consignes ou plaider un dossier comme députés montant à la capitale, dès lors que les quatre cinquième des lois retranscrivent les directives d'un cénacle étranger que nul ne contrôle, et que leur application dépend de juges qui, jusqu'au délire, opposent au Bien Public le saint dogme de leur " indépendance " - sans parler de la Cour suprême de Luxembourg aujourd'hui saisie par la Commission de 302 plaintes contre l'Etat français, en sorte que celui-ci est de tous côtés placé sous un permanent contrôle judiciaire. Et que peut signifier un " programme " quand, privée de l'instrument monétaire, toute politique économique est soumise aux arbitrages incompréhensibles d'une banque établie à Francfort, quand le sort de nos industries, comme celui de notre agriculture, et conséquemment de la plus grande partie du territoire national, dépendent des oukases de cette OMC que Philippe de Villiers nomme si justement " Organisation Mondiale du monde " où la prétendue République n'est même pas représentée en tant que telle ? Que veut donc dire l'élection du Président de la République quand, de République, il ne s'aperçoit presque plus rien, pas même la clarté du drapeau ?

La grande course du Printemps garde malgré tout un intérêt, un seul : celui de mesurer l'étiage du souverainisme et, par là, de mesurer les dernières chances pour la France de ne point disparaître durablement de l'étroite famille des nations libres. Dans cette perspective, le groupe Indépendance & Démocratie au Parlement européen a décidé de créer en son sein un comité de travail, pour que soit lancée en France, pays que nos partenaires souverainistes de toute l'Europe considère comme central, une campagne intitulée "Non, c'est non". Cet effort devra contribuer à ce que, dans les prochains mois la mobilisation des Français reprenne de plus belle : la lutte continue !

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

EDITORIAL

m Dernières nouvelles des Cabris

- "L'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie prépare celle de la Turquie"
Entretien avec Jacques Sapir

- Qui se ressemble s'assemble !
Jean-Paul Bled

- Turquie : le Parlement européen change de tempo

- OTAN, qu'est-ce que cela signifie aujourd'hui ?
Nedad Hrisafovic

- Les pays baltes : européens ou américains ?
Armelle Chapalain

- Impressions de Roumanie
Jean-Marc Joubert

- Kommission : l'incessante querelle faite à la France

- La CIA et l'Europe

p. 2, 3, 4, 5


m Une certaine idée de l'Europe et du Monde

- "La culture américaine occupe la place laissée vacante par la France"
Entretien avec Bachar el-Assad

- Liban : le général Michel Aoun
Entretien avec Etienne Patier

- Francophonie : le mensonge de Bucarest
Paul-Marie Coûteaux

- L'irréversible divorce belge
Henri de Wandel

p. 6, 7


m Que signifie pour vous l'Europe ?

- Hélène Goudin, Eugen Mihaescu, François-Xavier de Guibert

p. 9


m Marchands sans temple

- L'avenir de l'euro
Jean Messiha

- Suez-Gdf à la sauce européenne
Entretien avec Olivier Barrault

- Eurobésité
Hervé Berbille

p. 10, 11


m L'Europe aux anciens parapets

- Revue des revues : l'homme nouveau
Entretien avec Philippe Maxence

- L'Europe contre la culture
Michel Cazenave

p. 14, 15


m Chroniques

- Guillaume Peltier

- Daniel Hamichel

- Jean-Pierre Péroncel-Hugoz

- Philippe de Saint Robert

- Michel Debray

p. 8, 9, 13, 18


m Les Cahiers de l'Indépendance

- Extrait d'une table ronde sur l'Europe
Alain Finkielkraut, Paul Thibaud, Paul-Marie Coûteaux

p. 15

N°35 - Desserrer l'étau

Une fois n'est pas coutume, approuvons un commissaire, l'Italien F. Frattini, qui publie dans ce qu'il reste de Libération une tribune intitulée "le religieux, ciment de l'Europe". Formule qui n'est claire qu'à la condition de com-prendre ensemble toutes les figures du religieux, comme le fait Régis Debray lorsqu'il y inclut tout "point de communion" d'une civilisation - conception large mais conforme à l'étymologie : religere, c'est relier. Quel est donc le "point de communion" capable de relier les Européens ? Proposons un mot qui coule de nos plus hautes sources, Logos (verbe, discours, discussion, raison...) et posons que, aux deux conceptions du monde qui déchirent aujourd'hui la planète, le tout-marché anglo-saxon et le tout-sacré islamiste, l'Europe doit opposer cette civilisation du logos qui pourrait être dite du "tout-parlé".

Telle est d'ailleurs la leçon délivrée par Benoît XVI à Ratisbonne : à quelques semaines d'un voyage à hauts risques en Turquie, le Pape a rappelé l'Europe à son fondement, la liaison de la Raison et de la Foi - une foi indissociable, dit il, du Logos. Contrairement à ce qu'ont retenu les filtres de l'univers médiatique, ce texte était, autant que d'un Islam réduit à l'idolâtrie, une critique acerbe d'une Europe qui, après les trois traumatismes négateurs que furent le protestantisme, le kantisme et le modernisme (y compris " chrétien "), sépare obstinément religion et raison : d'où son insistance sur les sources grecques de la Bible, la traduction grecque de l'ancien testament, et le rappel que " Jean a débuté le prologue de son évangile par ce mot : au commencement était le logos ". Benoît XVI commente : " logos signifie à la fois raison et parole (...) La rencontre entre le message biblique et la pensée grecque n'est pas un simple hasard. La vision de Saint Paul devant lequel s'étaient fermées les routes de la vie et qui, en rêve, vit un Macédonien et entendit son appel viens en Macédoine, viens à notre secours ! peut être interprétée comme un raccourci d'un nécessaire rapprochement entre la foi biblique et la manière grecque de s'interroger".

Au commencement de l'Europe était le verbe : réconciliant nos sources, le Pape esquisse l'ultime fondement philosophique aussi bien que théologique sans lequel l'Europe ne repose sur rien. Dans son capital Europe, ses fondements aujourd'hui et demain (2005), il rappelait qu'elle " n'est pas un continent que l'on peut nettement saisir en terme de géographie, mais un concept culturel et historique ". Déjà en 1987 il écrivait : "Toute union politique ou économique n'aura pas automatiquement une valeur d'avenir. Une simple centralisation de compétences économiques ou législatives peut conduire à une décadence accélérée si elle aboutit par exemple à une simple technocratie dont l'unique règle serait l'accroissement de la consommation". E. Le Roy Ladurie émet l'idée que le choix que Ratzinger fit du nom de Benoît ne référait pas tant à Benoît XV oeuvrant contre le suicide européen de 14-18, ni à Saint-Benoît de Nursie, lointain parrain de l'Europe, mais à Benoît XIV, pape de 1740 à 1758, qui tenta de concilier la tradition romaine et le siècle des Lumières, entreprit de ramener l'Eglise grecque dans l'Eglise universelle, développa l'enseignement des sciences à Rome, protégea les arts, l'industrie, les lettres, entretint de longues relations avec Frédéric de Prusse, s'interrogeant même sur la fécondité de la maçonnerie.

Apercevons-nous ici la réunion de tous ceux qui croient face à la cohorte des Modernes qui sombre sous nos yeux dans le relativisme baba-coule et le scepticisme plus ou moins " festif " ? Bien qu'athée, l'intellectuel italien Marcello Pena formule cette perspective : " Nous descendons de trois collines, le Sinaï, le Golgotha et l'Acropole et nous avons habité trois capitales : Jérusalem, Athènes et Rome. Dans ces lieux, se sont formées notre tradition et celles de nos institutions politiques d'où proviennent nos régimes libéraux et démocratiques ; cette identité judéo-chrétienne développa une série de valeurs fondamentales, la dignité de la personne, l'égalité de tous les citoyens, l'égalité hommes-femmes, et le respect. Nous pratiquons ces principes, mais nous oublions la lymphe qui les a alimentés : la tradition judéo-chrétienne".(1)

Portée de la question turque

Les réactions des islamistes ont opportunément confirmé les propos du Pape - ce qu'il prévoyait sans doute en secret. Mais l'essentiel pour nous (et c'est là que Frattini et ses amis europiomanes ont tort) est dans l'annonce finalement optimiste de ce que pourrait être le réveil de l'Europe du XXIè siècle si, retrouvant toutes ses racines, elle tournait enfin le dos aux modèles supra-nationaux du tout-marché américano-bruxellois et du tout-sacré islamique ; de ce point de vue, les divers mouvements que la presse et le parti euro-mondialiste UMPS nomment en choeur "populistes" ou "nationalistes" observés ces derniers temps en Europe, en particulier centrale (mais aussi aux Pays-Bas, en Belgique ou en France), signalent une volonté désespérée, ou inespérée, de réappropriation de soi-même déjà traduit par le refus de la fusion des nations, de la Californie à l'Anatolie, et ce grand non à la Constitution Giscard sans lequel la nouvelle Europe ne pouvait émerger, réappropriation que nous appelons, nous autres, souverainisme. Significatifs sont ainsi les évènements de Hongrie, de Pologne, et d'une Bulgarie confrontée à l'agitation de sa forte minorité turque (15% de la population) et à l'épineuse question de la Turquie. Les gauches étant disqualifiées par leur générale détestation des " racines ", ce populisme est en train de redonner vie aux droites européennes, dernier gage d'un renouveau de l'Europe sur de toutes autres bases que celle d'UE…

On voit ici l'importance du rappel par Benoît XVI du propos de Manuel II paléologue, cet Empereur byzantin du XIVe siècle reprochant à l'Islam de "ne pas agir avec le logos", dans un discours qui visait d'abord la "deshellinisation" du christianisme par le protestantisme, le kantisme et le modernisme : les deux bras de l'étau sont mécaniquement liés. Ainsi, la candidature turque (soutenue par Washington) résume un choix cardinal : de ce qu'elle intègre la Turquie ou la refuse, de ce qu'elle s'affirme ou non indépendante des Etats-Unis et du modèle consumériste, on pourra déduire que l'Europe accepte ou refuse d'être elle-même, fidèle à ses traditions bibliques, grecques, romaines, byzantines, sans oublier les racines pré-chrétiennes ou celles de l'humanisme rationaliste, qui, elles aussi, portent une foi - toutes entrant dans la famille du logos

Un homme a su dénoncer à la fois l'Europe devenue la " Cinquante et unième étoile du drapeau américain " (titre de son ouvrage de 2001) la Constitution qui l'y réduit, et, simultanément, l'adhésion d'une Turquie en voie de réislamisation et de surcroît négationniste, Philippe de Villiers. Certes, la bien dite Indépendance a jugé maladroit (quant à la formulation et à la tactique) le thème de l'islamisation de la France : mais qui d'autre a su donner une traduction politique au refus de ce que Péroncel Hugoz nomme l'Islamérique, cette tenaille qui n'est pas simplement géopolitique mais enserre aussi nos coeurs d'Européens, qui n'ont rien de mieux à leur opposer qu'eux mêmes : la langue, la raison, la politique, le logos en somme. Le fait qu'on brûle des églises, qu'on persécute des Chrétiens comme des philosophes athées (tel le professeur Redeker, affaire sur laquelle nous reviendrons dans nos Cahiers de décembre) montre bien où gît décidément le môle de toutes les résistances, où l'Europe naîtra enfin à elle-même.

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( 1) On trouvera la référence de ces citations dans un article de Xavier Walter
sur "Benoît XVI et l'Europe" dans les Cahiers de l'Indépendance n° 2 - parution décembre

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

EDITORIAL

m Dernières nouvelles des Cabris

- Strasbourg : le siège éjectable

- Les groupes de pression à Bruxelles
Armelle Chapalain

- Le Liban, l'Europe et nous
Jean-Paul Bled

- Sur la situation au Proche-Orient
Paul-Marie Coûteaux

p. 2, 3


m Tout bouge en Europe centrale

- Bulgarie, Roumanie
Romain Rochas

- Slovaquie, République tchèque
Pierre Lévy

- Kosovo
Dusan T. Batakovic

p. 4, 5, 8


m Marchands sans temple

- Bruxelles V/s banane guadeloupéenne
Juliette Nubret

- L'Europe est malade de l'U.E.
Entretien avec A. Bournazel et J.-C. Lévêque

- L'échec de l'Europe économique
Entretien avec Patrick Louis

p. 9, 10, 11


m L'Europe aux anciens parapets

- Revue des revues : La Nef
Entretien avec Christophe Geffroy

- A la recherche d'une laïcité européenne
Michel Pinton

p. 14,15


m Chroniques

- Daniel Hamiche

- Guillaume Peltier

- Jean-Pierre Péroncel-Hugoz

- Philippe de Saint Robert

p. 7, 8, 9, 12


- Bonnes feuilles

p. 13

N°34 - Réalités et Vérité

Pourquoi le coup du 18 juin 1940 a-t-il touché tant de coeurs et remué tant d'âmes ? Pour une raison simple, plus facile à comprendre aujourd'hui que jamais : parce que au milieu de l'encombrement des réalités qui disaient le désastre, la déroute militaire et la désunion des Français, une voix avait su opposer à la réalité noire une parole qui la transcendait dans son entier, que la France n'était pas morte, qu'elle demeurait et demeurerait une grande puissance, et cette incantation formidable a finit par resplendir de tout l'éclat de la vérité, qui elle aussi était simple, et qui n'était que l'éternité de la patrie - et cette vérité-là, il lui fallut quelques années, la Libération d'abord et la magnifique restauration que fut la Vème République, pour la démontrer une fois encore à la face du monde. Que la réalité du jour, que la réalité de la France ne soit jamais la vérité de la France, voilà qui est aujourd'hui encore le fait majeur des heures que nous vivons et que doivent inlassablement méditer tous ceux qui seraient tentés de désespérer.

Rien n'illustre mieux ce mirobolant décalage que l'attitude des officiels censés représenter le peuple sur le sujet de la Constitution européenne. Ahurissant décalage en vérité que pointent régulièrement les observateurs de la vie européenne et notamment les députés de notre groupe "Indépendance & Démocratie" : " Quoi, nous disent-ils ? On ne comprend plus rien à la France ! C'est un de ses anciens présidents de la République qui a donné son nom au projet de Constitution, et voilà que c'est aussi le peuple français qui l'a abattu d'un coup le 29 mai 2005. Et maintenant que voit on ? C'est encore le Gouvernement français qui, parmi les 25, se montre le plus empressé à parler de relance de la Constitution, au point de nous farcir les oreilles avec de nouveaux projets constitutionnels ! Qui croire, le peuple ou les représentants du peuple ? "

On ne peut comprendre cette incroyable contradiction autrement qu'en opposant justement l'éternelle vérité de la France, qui a dit Non, à la triste réalité de son Gouvernement et de toutes ses oligarchies politiques et médiatiques qui, complètement infidèles à leur peuple, persistent à coasser partout d'innombrables Oui. Et, comble du comble, c'est à l'UMP, parti pourtant au " pouvoir " que le résultat du référendum est le plus effrontément nié, la palme revenant à son président, M. Sarkozy qui passe par Bruxelles pour dire l'urgence d'une Constitution supranationale - avant de s'envoler dans le ciel clair pour Washington, où l'attend l'onction de M. Bush en personne.

Décalages en série

Revenons à cette lancinante question : quant à la position de la France sur la Constitution européenne, qui faut-il croire ? En principe le peuple français ; intervenu après un débat de bonne tenue, qui montre qu'il y a encore place pour la démocratie dès lors qu'on prend le demos au sérieux, son Non clair et net a d'autant mieux mis un terme au projet constitutionnel européen qu'il ne cesse depuis un an de trouver un écho partout en Europe. Il a été suivi en Hollande, entériné en Grande-Bretagne, invoqué par le nouveau gouvernement polonais tandis qu'il signifiait son refus d'aussi nette façon ; et c'est encore derrière lui que s'abritent plusieurs pays pour différer toute ratification, cas de la Suède mais aussi de la République tchèque - sans compter que plussieurs pays d'Europe centrale qui l'ont approuvé sont en butte à une impopularité qui peut tourner au vinaigre comme on le voit ces jours-ci en Hongrie (voir sur le sujet notre dossier "Tout bouge en Europe centrale" pages 4 et 5). Las, pour les représentants du peuple français, c'est oui ! Par la voix de Mme Colonna, la France officielle répète sur tous les tons, comme elle l'a fait encore le 29 août dernier, qu'il faut abandonner l'unanimité, trouver des mécanismes plus contraignants pour imposer à tous les Etats une politique étrangère unique, etc... Certes Mme Colonna ne dit pas comment elle s'y prendrait pour empêcher Tony Blair d'approuver les bombardements israéliens au Liban, comme il l'a fait dès juillet, sans s'embarrasser autrement d'une quelconque " politique commune " d'ailleurs impossible à définir - les ministres ne se sont réunis qu'en août et ce fut pour constater leurs " divergences de vue ". De même, elle ne dit pas par quel miracle toute l'Europe se rallierait à la nouvelle position exprimée par M. Chirac sur le dossier nucléaire iranien, ceci sans consulter aucun de nos partenaires, lesquels font semblant de ne pas comprendre l'évidence, que l'on ne peut indéfiniment interdire ce que l'on n'a pas les moyens d'empêcher…

La politique commune est une fois encore au tapis - la diversité étant l'immarcescible vérité de l'Europe. Qu'importe ! Le Gouvernement français s'entête dans l'idée de créer un super-Etat fédéral à n'importe quel prix, par exemple jusqu'à laisser couler en silence le siège du Parlement européen à Strasbourg, secrètement satisfait à l'idée que le super-Etat, outre sa super-monnaie unique, son super-marché unique et sa super langue-unique ait aussi une super-capitale unique, Bruxelles.

Si lourd de drames

Entre la France et sa représentation, le pays réel et le pays légal, divorce complet : de nouveau, nous voici au point de solstice où le pauvre visage qu'affiche la France n'a plus rien à voir avec la vérité profonde. Il est à peine besoin de dire que ce hiatus est lourd de drames. L'an prochain, la triple échéance électorale (n'oublions pas les législatives de juin et les municipales probablement fixées en octobre) pourrait être l'occasion de réconcilier le peuple français avec sa représentation. Cela supposerait que nous changions en quelques mois la petite classe des oligarchies qui se dispute non point certes le pouvoir mais ses dernières apparences (encore un fameux décalage entre la vérité et la réalité…).

A l'évidence cela n'est possible que si nous savons réaliser l'union des patriotes. Or, cette union, la chose est plus évidente de jour en jour, ne se fera certes pas au sommet. Il faut donc la réaliser à la base, comme on dit, en commençant par ce qui est au pouvoir de chacun de nous : en nous-même, en nos coeurs et en nos âmes. Pour le reste, laissons parler l'histoire, qui a si souvent montré que, tôt ou tard révélée, l'union des patriotes était perpétuellement inscrite dans la vérité de la France.

Paul-Marie Coûteaux

SOMMAIRE

EDITORIAL

m Dernières nouvelles des Cabris

- Dialogue transatlantique ou empire ?
Monsieur B.

- L'autisme
Jean-Paul Bled

- Le Mai de la Pologne
P. P.

- Solana au Congo
E.B.

- Mandelson, cabri en chef à l'OMC
Armelle Chapalain

- Petit requiem entre amis
Pierre lévy

p. 2, 3, 4, 5


m Une certaine idée


- "A vous, jeunes gens..."
Jacques Dauer

- Sur la Tunisie
P.-M. Coûteaux

p. 6


m Marchands sans temple


- D'abord, sortir de l'euro
Jean-Jacques Rosa

- Les grands criminels économiques
Jean-Claude Martinez

p. 10, 11


m Chroniques


- Jean-Marc Joubert

- Guillaume Peltier

- Jean-Pierre Péroncel-Hugoz

- Philippe de Saint Robert

- Gabriel Matzneff

p. 7, 8, 9, 13, 15

 

N°33 - A quoi sert la princesse de Clèves ?

Le 14 juin dernier, le Parlement européen examinait un rapport sur les prochaines étapes de la réflexion constitutionnelle. Son auteur, le social-démocrate allemand Jo Leinen, entend relancer le processus constitutionnel et remettre sur le tapis un texte aussi proche que possible du projet initial. Au nom de notre groupe ID, Patrick Louis (MPF) déposa aussitôt un amendement rappelant qu'il ne se pouvait imposer de traité ou de Constitution à un peuple qui n'en voulait pas. Mise aux voix, cette évidence fut loin de recueillir la majorité ; certes beaucoup de Français votèrent l'amendement (Front national, communistes, la plupart des Verts…) ; mais, ô surprise, les élus UMP votèrent contre (1). On a bien lu : ces prétendus "gaullistes" estiment ainsi que même si un peuple a repoussé un texte constitutionnel, il peut lui être imposé pour ainsi dire de l'étranger ! Hormis une défaite et une occupation militaires, a-t-on jamais vu pareil cas de figure ? Ou bien avait-on mal compris le gaullisme ?

Les députés UMP avaient-ils seulement lu l'amendement ? Ils n'ont fait que suivre le Président de la République qui, rencontrant la Chancelière d'Allemagne le 6 juin, à Rheinsberg, près de Berlin, a pour ainsi dire donné son feu vert à la relance du processus constitutionnel " sous présidence allemande " l'an prochain : "Je fais confiance à la présidence allemande pour lancer le train dans la bonne direction" a déclaré sans détour M. Chirac. Or tout le monde sait que Mme Merkel veut sauver le projet Giscard qui lui va si bien, quand bien même a-t-il été refusé explicitement par deux peuples et mis en sommeil par trois gouvernements (Grande-Bretagne, Pologne, République tchèque) auxquels vient s'ajouter l'Irlande (cf. p. 5). "Nous sommes d'accord pour dire que le traité constitutionnel reviendra à l'ordre du jour pendant la présidence allemande" a de son côté déclaré la Chancelière. Elle montra semblable détermination quelques jours plus tard, le 15, lors du sommet européen de Bruxelles recevant l'appui de Romano Prodi. Il semble bien que, face à ce nouvel axe Rome-Berlin, les dirigeants français n'aient pas l'air de pencher pour la fermeté, c'est-à-dire le simple respect du résultat du référendum. Ne serait-ce pas prendre le risque d'une crise ? Seul l'envisage... Jacques Delors qui, dans un communiqué bienvenu, vient d'accuser ses anciens pairs d'entraîner l'U.E. "dans la plus grave crise de son histoire en refusant de parler des
problèmes qui la divisent".

Néo-gaullisme

Ainsi se précise la menace d'un nouveau référendum que nous annonçions déjà dans ces colonnes en mai dernier, référendum d'autant plus dangereux que d'une part il pourrait être organisé à l'échelle européenne afin de noyer les oppositions des peuples récalcitrants et dans l'espoir que, en France, le texte reçoive l'appui cette fois d'une grande majorité de la gauche, moyennant un préambule rappelant les principes du droit social européen, concédé par l'Allemagne, ainsi que du nouveau Président Sarkozy - un Sarkozy dont tout le monde attend à Bruxelles une élection triomphale en mai prochain... Quel beau trio feraient Sarkozy, Merkel et Prodi s'ils se mettaient d'accord en juin 2007 pour faire passer d'une manière ou d'une autre la Constitution en force !

Ce serait une parfaite illustration du néo-gaullisme de M. Sarkozy, lequel déploie aujourd'hui tous ses feux. Constatant que le créneau "discours sur la France" était porteur, celui-ci a mitonné quelques sorties patriotiques chantant la vieille terre de France, la France profonde etc... Discours si bien tourné qu'il a même séduit quelques intellectuels et même hélas de nos amis... Sait-on que, non seulement ces belles paroles n'ont été écrites ni par M. Sarkozy ni même par son cabinet ("La France ? j'sais pas quoi dire") et qu'il a fallu pour remplir la page "France" du catalogue aller chercher... un journaliste ?
M. Sarkozy serait plus en verve s'il s'agissait de parler des Etats-Unis sur lesquels il ne tarit pas d'éloge et où il effectuera dans quelques jours un nouveau voyage. L'Europe Nouvelle de Mme Merkel le comble sans doute, qui vient de relancer le projet d'une assemblée transatlantique à l'existence jusqu'à présent fantomatique et, plus inquiétant, le projet de zone de libre-échange entre les E.U.-U.E., projet soutenu avec acharnement par le commissaire anglais Mandelson (justement chargé du commerce international) et dont hélas le Parlement vient d'approuver le principe à l'instigation de la députée allemande Erika Mann (cf. p.2) - selon son projet, on commencera par adopter des normes comptables américaines... Il va sans dire que ce nouveau partenariat transatlantique, sorte de suicide silencieux de l'U.E., est approuvé sur tous les bancs UMPS où l'on caresse la perspective de créer un grand bloc transatlantique représentant 57 % du PIB mondial. Le rapport Mann va même jusqu'à juger que cette intégration E.U.-U.E. permettrait "aux acteurs économiques d'intervenir à des coûts moindres". No comment...

C'est donc pour toutes les capitales que M. Sarkozy est l'homme de la situation. Il lui reste à être élu aussi par les Français, moyennant quelques discours sur la France éternelle. Mais qu'il se méfie : son naturel revient souvent au gallo, par exemple lorsque le 23 février dernier, lors d'un grand mitinge de l'UMP tenu à Lyon, il s'amusa à faire rire la salle en lisant un passage de la Princesse de Clèves comme pour ridiculiser la belle langue classique de Mme de Lafayette. " Voilà ce que donne l'Education nationale pour épreuve d'examen ! " a-t-il ajouté " " Mais à quoi sert-il de savoir qui est la Princesse de Clèves ? Etonnez-vous que notre pays aille si mal si c'est cela que l'on enseigne à nos enfants !" M. Sarkozy jugerait-il plus utile des cours d'anglo-américain, la langue de son Europe ?

Question subsidiaire : peut-on savoir ce que font des gaullistes dans le parti de ce monsieur ?

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(1) Mmes Bachelot, de Veyrac, Grossetête, Sudre, Vl


                    Paul-Marie Coûteaux